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36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 18:33

Stéphane Auriol s’adresse à André Gérin :

Dans l’intérêt de notre bataille pour le relèvement du PCF, je te fais part de mon profond désaccord avec tes positions sur le capitalisme « des métiers »


Cher camarade,

Je suis avec attention tes courriers et tes interventions dans les media. Avec mes camarades de la RATP, nous nous élevons comme toi contre le processus de liquidation de notre parti, né du congrès  de Tours, le PCF. C’est pourquoi nous pensons que nous avons intérêt à ne pas cacher certains désaccords, à ouvrir le débat sur certains sujets.

Nous ne nous reconnaissons absolument pas dans les positions que tu as exprimées notamment dans une interview à l’hebdomadaire « Le Nouvel Economiste » daté du 10 avril 2008. Nous sommes conscients que le journaliste peut avoir déformé tes propos, auquel cas il nous paraîtrait important d’imposer une rectification.

Dans les phrases que l’on te prête, tu te fais le défenseur « d’un capitalisme des métiers, des savoir-faire et des produits ». Tu estimes qu’aujourd’hui « les capitaines d’industrie sont nos alliés ». Tu te réjouis d’avoir noué des « relations étroites avec le représentant du patronat Rhône-Alpes, avec l’UIMM… » et de « travailler main dans la main avec les patrons de PME et la chambre de commerce et d’industrie ».

Je partage bien évidemment les objectifs de défense de l’emploi et de l’industrie. Mais cela passe-t-il pas une union sacrée avec nos ennemis de classe ? Pour moi, certainement pas !

Il n’y a pas un « bon » et un « mauvais » capitalisme. J’ai appris dans le parti une vérité théorique, marxiste, qui à mes yeux se confirme chaque jour : les capitalistes recherchent à tirer le profit maximal de l’exploitation des travailleurs. Cela peut passer, a pu passer, pour eux par un investissement dans l’industrie en France. Depuis des années, le patronat a trouvé dans le renforcement de la concurrence internationale sur le marché mondialisé, dans la dégradation pour la classe ouvrière des rapports de classe au niveau mondial, les moyens d’extorquer davantage de plus-value aux travailleurs en France, de remettre en cause leurs acquis sociaux, leurs conditions de travail et leurs salaires, jusqu’à bien sûr leur emploi. Les délocalisations, la désindustrialisation constituent à la fois un instrument et un résultat de leur stratégie capitaliste.

Pour les de Wendel (Seillères), quand la sidérurgie n’a plus assez rapporté en France, ils ont transformé leur groupe en holding financier « Marine-Wendel » (Wendel-investissement). Pour Gallois, plus le carnet de commande d’Airbus est plein, plus il veut filialiser les usines et supprimer des emplois en France. Etc…

Aucune collaboration n’est possible avec les « capitaines d’industrie », leurs groupements UIMM, Medef ou chambres de commerce. Nos intérêts de classe sont opposés. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne soit pas amené, sur la base d’un rapport de force, en tant que militants syndicaux, politiques, qu’élus, à discuter.

Le patronat n’a de cesse d’essayer « d’associer » les élus politiques à sa logique pour obtenir encore davantage de cadeaux sous toutes les formes (déductions fiscales, exonérations de cotisations sociales, zones franches, aide en nature…) dans le cadre d’une mise en concurrence des territoires. Communistes, nous ne pouvons que combattre les politiques basées sur le chantage à l’emploi, à la préservation de l’industrie que Sarkozy pratique d’ailleurs sans complexe.

J’en ai aussi vraiment assez d’entendre depuis la période Hue des dirigeants du Parti faire l’apologie des patrons de PME. Commençons par ne pas confondre l’artisanat qui subsiste avec les PME qui résultent de la nouvelle organisation de l’économie voulue par le patronat. Toujours pour dégager un profit maximal, les grandes entreprises ont recours à l’externalisation, à la sous-traitance en cascade. C’est le moyen de pressurer davantage les salariés, de rendre plus difficile encore leur organisation pour se défendre et faire valoir leurs droits. Que la situation personnelle des patrons de ce type de PME tende à se rapprocher de celle de salariés, cela n’y change rien. Toutes les aides accordées à ces PME, sur lesquelles on invite à pleurer comme sur les SDF, sont aussitôt pompées par les donneurs d’ordre et le grand capital.

Ta glorification du capitalisme « des métiers », au niveau des « bassins d’emploi », ta disposition à « défendre des entreprises industrielles capitalistiques » revient à accompagner cette stratégie du capitalisme. Leurs profits d’aujourd’hui ne sont pas les salaires et les emplois de demain ! L’expérience a confirmé notre réflexion théorique.

 

Quand je te lis affirmer que tu préfères recourir dans ta ville à une entreprise privée plutôt qu’aux services publics si elle apporte la « même réponse technique, moins chère » « sans esprit de boutique, ni partisan », je frémis car je crois entendre les patrons de mon entreprise ou le président PS Huchon de la région Ile-de-France lorsqu’ils justifient, au nom de la concurrence, la marche à la privatisation de la RATP, la baisse de nos salaires réels, la remise en cause de nos jours de repos, la filialisation. Une entreprise privée ne peut pas accomplir le même service public qu’une entreprise publique parce qu’elle ponctionne sa part de profit et cela aux dépens de la qualité de la réponse aux besoins, de l’emploi et des conditions de travail des salariés qui sont pour nous partie intégrante du service public. Une bonne gestion publique ne peut pas être une gestion de type privé. Elle relève effectivement des élus, notamment communistes, responsables devant la population.

Nous sommes en plein dans la discussion sur les nouvelles règles du « dialogue social » et de la représentativité syndicale. Tu réclames que « les salariés, en particulier les ingénieurs, cadres et techniciens (pourquoi davantage que les ouvriers ?) soient « associés aux choix stratégiques de l’entreprise ». Pour moi, ils ne peuvent pas être « associés », cogérer des stratégies capitalistes, ils doivent développer les moyens d’en imposer d’autres dans l’entreprise notamment avec leurs organisations syndicales de classe et la lutte idéologique sur le lieu de l’exploitation qui est la raison d’être des organisations du PCF à l’entreprise que je défends. La politique du pouvoir, le texte sur la représentativité syndicale que défend le Medef visent à structurellement, institutionnellement, financièrement inscrire l’activité des syndicats, (de la CGT qui m’intéresse principalement) dans les choix patronaux. Nous devons combattre cette grave atteinte démocratique et non aller dans son sens.

Je partage ta critique de la notion de « partage des richesses » par la « gauche ». Mais je crains que quand tu dis juste après qu’il faut « combiner résultats financiers et promotion des hommes », je ne sais pas si tu ne tombes pas dans la même logique.

Si je ne te connaissais pas je prendrais pour une insulte la phrase que rapporte le Nouvel économiste : « les cocos doivent virer leur cuti vis-à-vis du pouvoir. Il ne s’agit plus de tenir un discours contestataire en permanence mais de mettre les mains dans le cambouis. ». Je crois des milliers de camarades qui contestent chaque jour la logique capitaliste dans leur entreprise, loin des conseils d’administration et des bureaux des Chambres de commerce et d’industrie, savent ce que c’est que de mettre les mains dans le cambouis. La notion de « compromis » qui termine ton interview est justement celle que nous avons combattue, avec succès, au dernier congrès de la CGT.

André, ton interview a un mérite, celui de contribuer au débat, notamment dans la perspective du congrès sur une question essentielle pour les communistes : la politique industrielle.

Pour moi, en quelques mots, nous devons mettre en avant la défense et l’extension du secteur nationalisé, la remise en cause de la politique de concurrence « de tous contre tous » pilotée par l’UE du capital et l’OMC mais décidée en France. Notre rôle de communistes est de dévoiler, dénoncer, contester les stratégies du capital pour construire des rapports de force, au niveau des bassins d’emploi, du pays contre les choix de désindustrialisation des grands groupes. Sur un autre plan, nous devons mettre au centre, malgré la direction du parti, l’activité et l’organisation communistes à l’entreprise sur la base de notre théorie de la lutte des classes, plus actuelle que jamais.

Je crois que c’est cela qui faisait la force du parti des « années 30 ou 50 » auxquelles tu te réfères, mais encore des années 60, 70 et 80.

Discutons-en !

Fraternellement,

Stéphane Auriol, militant syndical et politique à la RATP, membre du Conseil national du PCF.

 

En lien :

réponse d'André Gérin à Stéphane Auriol

lettre du PCF Paris 15ème à André Gérin

réponse d'André Gérin au PCF Paris 15


"Camarade Libéré" - article du Nouvel économiste sur André Gérin

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commentaires

P

Chers Camarades,
Je suis en train de relire avec plaisir l'article de Lénine,"La liquidation entrain d'être liquidée" (Lénine, Oeuvres, volume 15,Editions Sociales, Paris 1967, pages 483 à 492. Certains passages
sont "datés", mais l'essentiel vaut pour la France d'aujourd'hui.
J'aimerais beaucoup que la faction Gérin et la faction Dang Tran fassent des compromis de tactique (pas de principe)pour rallier autour d'eux tous ceux qui veulent rebâtir un Parti communiste
authentiquement léniniste et donc efficace.
En ce qui concerne le débat Gérin-Tran Dang dont il est question ici, ce n'est pas,je crois, une question de principe.
En effet, des Partis communistes comme le Parti de Lénine (avec la Nouvelle Politique économique. NEP), et le Parti communiste chinois, vietnamien,cubain actuels accordent tous une place importante
aux entreprises privées capitalistes, mais sous la direction démocratiquement planificatrice du Parti communiste.
C'est le contraire de ce qui se passe en France où le secteur public est souvent indirectement sous la direction et au service des gros monopoles et du secteur financiarisé.
Sous Gorbatchev, en Union soviétique, s'est développé une économie souterraine importante, non déclarée, qui a échappé au contrôle du Parti communiste et qui a même corrompu une partie de sa
direction devenue procapitaliste (comme la suite l'a révélée).
Ce qui compte pour les progrès de notre civilisation, selon moi, c'est la victoire du communisme au niveau mondial. Tant mieux si nous pouvons y contraindre divers capitalistes qui, aveuglés par
leur soif de profit maximal immédiat, soutiendrons, à leur corps défendant, le socialisme et ensuite le communisme, comme la corde soutient le pendu!


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P
Sur ton § "Une entreprise privée ne peut pas accomplir le même service public qu’une entreprise publique parce qu’elle ponctionne sa part de profit et cela aux dépens de la qualité de la réponse aux besoins, de l’emploi et des conditions de travail des salariés qui sont pour nous partie intégrante du service public. Une bonne gestion publique ne peut pas être une gestion de type privé. Elle relève effectivement des élus, notamment communistes, responsables devant la population."

Camarade, il ne faut pas se voiler la face : le monde des services et des agents publics n’est pas un monde de bisounours.
Qui défend les services publics ? qui a comme souci quotidien de les rendre meilleurs ?
Je vais te citer quelques exemples :
1er exemple, une grève à Vénissieux (Rhône) sur le régime indemnitaire des territoriaux. Après plusieurs jours d’arrêts de travail, le maire convoque son personnel pour faire le point et termine son intervention en disant que le service public doit être un pôle d’excellence (c’est moi qui traduis la pensée du maire) et que chacun doit s’impliquer pour l’améliorer : entendu dans la salle au milieu d’un brouhaha hostile, « c’est pas notre affaire, c’est l’affaire des élus ».
Dans ce domaine comme beaucoup d’autres, la discussion au sein du parti sur la gestion des collectivités territoriales et sur les supposées contradictions entre communistes « patrons » et communistes pas patrons n’a jamais eu lieu au fond : ceci explique sans doute celà.
2ème exemple : la mise en place du cadencement sur les TER Rhône-Alpes fin 2007 et l’application d’une décision politique locale par des agents de l’État .
Des semaines de galères pour les usagers et des semaines pendant lesquelles les agents SNCF ont flingué leurs patrons politiques (je ne fais pas partie des « beniouioui » du parti qui sont à la soupe de Queyranne mais je dois reconnaître que l’amélioration des TER est un axe fort et qu’il fallait « en avoir » pour lancer le projet). J’ai vu sur ma ligne le président de la commission transports (un élu vert) au plus fort du désordre qui s’est tapé d’expliquer aux passagers la volonté politique des élus et de dénoncer le travail de sape des responsables SNCF – relayé par des agents de tous niveaux – toute la commission transports était mobilisée sur l’ensemble des lignes de la Région pour ces explications : j’attends encore les tracts des camarades de la CGT (ou du parti) sur le sujet.
3ème exemple : le respect du statut (son enrichissement aussi) de la fonction publique chez les territoriaux.
Qui se bat pour aider les reçus-collés, lauréats des concours sans affectation qui perdent le bénéfice du concours au bout de 3 ans ?
qui se bat pour faciliter la mobilité au sein de cette FP, mobilité qui permettrait de régler des situations de harcèlement moral ou de souffrance au travail au sein des collectivités, qui redonnerait du souffle à cette FP qui fut la plus dynamique au moment des premières lois sur la décentralisation ?
Il faudra bien que tout le monde se regarde en face sur la question. Sacraliser la gestion publique est aussi nul que l’inverse : Gerin n’est pas un défenseur du privé mais c’est sa façon à lui de provoquer tous les fonctionnaires qui ont quelquefois oublié l’essentiel, le service (au) public.

Les jours de la fonction publique (au sens du statut de 45) sont comptés, elle est "francetelecomisée "

Lorsque nous serons au pouvoir, il faudra bien partir avec tous les présents, les vilains capitalistes et les gentils fonctionnaires.
Comme disait l’autre, préservez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge.
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P
Gerin ne dit pas qu’il y a un bon capitalisme : si tu l’as lu ou entendu, donne-moi un démenti.
« Les capitaines d’industrie sont nos alliés » ne veut pas dire que ce sont de bons capitalistes, ce sont nos alliés, comme les russes et les américains l’étaient en 1944, ce que personne ne songe à démentir ni à droite ni à gauche.
Gerin ne parle pas d’aider financièrement ces alliés qui ensuite seraient prêts à s’enfuir après avoir touché l’argent des contribuables (à la différence de tous les camarades qui sont allés à la soupe avec les socialistes et ont voté - ou laissé voter - des subventions ou autres aides à des requins et qui font sembler d’hurler quand les requins ont disparu). Là aussi je suis prêt à accepter le démenti.
Quels termes et jusqu’à où cette alliance ? voilà le seul débat ouvert par Gerin selon moi. De là à dire que Gerin « accompagne (la) stratégie du capitalisme », tout ce qui est excessif est insignifiant.
Ce que chacun peut et doit admettre : Gerin est le seul camarade à se situer dans l’optique de la prise de pouvoir, en clair, il se voit premier m... et c’est pas simple d’être premier ministre (demande à Fillon) : je pense que beaucoup de camarades antiliquidateurs sont influencés peu ou prou par les litanies de la direction du parti qui pose en principe que les communistes sont incapables cf. un extrait d’un des 8 textes soumis à la réflexion des communistes « Il ne saurait être question, en quelques mois, de prétendre apporter toutes les réponses à ces questions sur lesquelles bute tout le mouvement progressiste depuis plusieurs décennies. Elles exigeront de toute évidence un immense travail d'analyse et d'élaboration qui demandera non seulement du temps, mais le concours de forces intellectuelles, sociales et politiques nombreuses et diverses. »
ci-dessous la réaction de Gerin
« On pourrait sourire devant un tel aveu d'impuissance ou au contraire se féliciter d'une si grande modestie. Le problème n'est pas là. Ce texte dénie par avance la capacité aux militants communistes d'apporter des réponses - leurs réponses - aux questions. Or s'il demeure effectivement tant de questions sans réponses, ce n'est pas à cause d'un manque général de matière grise mais à cause d'un manque de volonté politique de s'y attaquer. Et de ce point de vue, la responsabilité de la direction du PCF, depuis plus de 20 ans, est écrasante. »
Cette capacité à se mettre en situation d’imminence de l’exercice du pouvoir, Gerin l’a aussi quand il parle sécurité, immigration, 2 domaines où les critiques volent bas là aussi, parmi les liquidateurs comme parmi les antiliquidateurs.
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