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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 18:31

Nous reproduisons le texte de l'article de Philippe Plassant paru dans le n° 1427 du Nouvel Economiste du 10 au 16 avril 2008.

Longuement interviewé, notre camarade André Gérin reprend des positions qui ne peuvent que susciter discussion chez les communistes.


Camarade libéré

 

Après son éloge de Castro, André Gérin pourrait passer pour un archéo. Total quiproquo: en réalité, le « coco » de Vénissieux a viré sa cuti stalinienne. A faire passer Besancenot pour un rigolo.


Lorsque l'on se rend à un rendez-vous avec André Gerin, pour comprendre comment en 2008 ce député communiste a pu prendre sa plume pour adresser une lettre de félicitations à Fidel Castro sur le départ, on s'attend à se retrouver avec le dernier des Mohicans de l'assemblée. Impression renforcée au premier contact par la façon un brin soupçonneuse avec laquelle il dévisage son interlocuteur, comme pour cerner ses arrière pensées forcément malveillantes. Erreur: l'homme qui a à son actif sa réélection à la mairie de Vénissieux dès le premier tour (avec 53% des votants) est tout sauf un communiste primaire et affiche en réalité un positionnement sans complexe. «Ma lettre à Castro est un coup de sang. Je ne pouvais pas laisser sans répondre Bush, le président de Guatanamo, zone de total non-droit, critiquer Cuba. Ce régime n'est pas exempt de critiques, je me rends à la Havane au printemps pour me faire mon opinion.» Un camarade libéré.

 

Communiste et le « culte » du résultat

«D'abord je suis très fier d'avoir été pendant 21 ans ouvrier chez Berliet. J'y ai contracté le virus de la politique aux côtés de la génération qui avait fait la Résistance et la reconstruction et en même temps, c'est là que j'ai appris «l'obligation de résultat». Mes camarades d'atelier me lançaient: « Si tu veux progresser, montre-nous ce que tu sais faire.»
 Aujourd'hui, je tiens le même discours aux fonctionnaires de la ville. J'ai appris aux techniciens les ratios économiques. Pour-moi, un sou est un sou, qu'il soit public ou privé. Quand une entreprise de ma ville, une PME ou un artisan, est capable d'apporter la même réponse technique moins chère, je prends le privé sans état d'âme car j'ai la responsabilité du bon usage de l'argent. J'ai appris surtout à défendre l'intérêt général, sans esprit de boutique, ni partisan », explique André Gerin. Ce n'est pas la seule entorse à la doxa du Parti. Il n'a pas hésité à ouvrir certains services publics le samedi et même, comble du comble, le dimanche "tout simplement pour mettre en adéquation les services avec les besoins et attentes de la population".
Innovation encore avec la création originale d'une ligne d'appel fonctionnant nuit et jour tout au long de l'année - le TOP pour "office public de la tranquillité" De même fut-il pionnier dans les délégations de quartier mises en place il y a près de 20 ans. Sa conviction: « Les services publics comme on les concevait dans les années 70 doivent évoluer en fonction des besoins. On ne peut plus être au four et au moulin. Ce que nous devons créer c'est avant tout du lien social et de la citoyenneté. » De beaux discours car le maire traîne derrière lui une réputation d'autoritarisme. "Je ne me laisse pas marcher dessus, c'est évident. Mais je tiens le même discours à tout le monde. Et si mettre les devoirs au même niveau que les droits, si expliquer aux jeunes que ce n'est pas parce qu'ils sont dans la «merde» qu'ils peuvent tout se permettre, alors oui je suis autoritaire, mais je n'ai aucun problème là-dessus. La dissolution de l'autorité à tous les étages de la société a été une catastrophe. Je suis pour que l'on remette la question des limites et du respect au centre." André Gerin assume.

Pour un capitalisme des métiers

Un homme de gauche assumant un tel discours est déjà assez rare. Mais André Gerin réserve des surprises encore plus grandes quand il développe ses conceptions économiques et sociales. « Aujourd'hui, je considère que les capitaines d'industrie sont nos alliés. Sur Vénissieux et autour de la ville, nous travaillons main dans la main avec les patrons de PME
et avec la chambre de commerce et d'industrie. J'ai des relations étroites avec le représentant du patronat Rhône-Alpes, avec l'UIMM, le conseil économique régional, la CGPME... des relations de travail. Sur la ZUP qui est une zone franche Juppé, une quarantaine de petites sociétés sont installées. C'est notre manière de remettre l'emploi au coeur de la cité. »
Le maire voit bien plus large et théorise: « Avec moi, quand on parle industrie il n'y a aucun problème, ni blocage, ni a priori idéologique. Je défends un capitalisme des métiers, des savoir-faire et des produits. Il y a des PME qui réussissent en France, des entreprises industrielles capitalistiques que je suis prêt à défendre, car elles sont de ce point de vue utiles. Je dis cela sans état d'âme. De même doit-on désormais raisonner bassin d'emploi et plus forcément entreprise. Le discours de la gauche sur le partage de la richesse, c'est du blabla si on ne se demande pas d'abord comment la créer. Or la valeur ajoutée est dans l'industrie. En moyenne, un salarié dans l'industrie crée 30% de plus de valeur ajoutée qu'un employé dans les services ». Comment mener ce combat? « A mes yeux, il ne peut être gagné qu'en associant les salariés,en particulier les ingénieurs, cadres et techniciens, aux choix stratégiques. Aujourd'hui la plupart des grandes sociétés sont dirigées par une poignée de quatre ou cinq managers et les cadres n'ont plus voix au chapitre. »
Une réinvention de l'utopie autogestionnaire?  «Je ne jette pas le masque sur les problèmes. Mais je pose la question de la finalité qui doit combiner résultats financiers et promotion des hommes. »

Nécessaire révolution culturelle
"Je veux que le PC retrouve son identité et son originalité comme dans les années 30 ou 50,lorsqu'il s'appuyait sur ce que l'on appelait l'aristocratie ouvrière. S'il ne renoue pas avec les milieux populaires et le monde du travail, le PC est condamné. Après que bon nombre de nos électeurs ont rejoint le FN - je fus l'un des premiers à admettre cette réalité taboue – je constate aujourd'hui qu'ils désertent les urnes. Dans certaines villes populaires, le taux d'abstention est de 50% et monte jusqu'à 60 voire 70%. C'est très inquiétant. Aujourd'hui dans certains de ces quartiers, les petites bandes de mafia régnent. L'effet boomerang risque un jour d'être terrible. Le PC s'en sortira - mais ce n'est pas gagné - s'il est capable d'aller à la conquête des ingénieurs, cadres et techniciens, s'il est capable d'avoir un discours crédible et sérieux et s'il ne cherche pas à leur expliquer comment il faut faire. Une place est à prendre. Les cocos doivent virer leur cuti vis-à-vis du pouvoir. Il ne s'agit plus de tenir un discours contestataire en permanence, il faut mettre les mains dans le cambouis. Ce n'est pas sale. Il faut faire des compromis avec la réalité, j'ose même dire que c'est ce qui est le plus intéressant. Il faut casser les modes anciens de pensée. Sur la question du pouvoir, le PC doit faire sa révolution culturelle. Moi je l'ai faite et j'assume.» Depuis qu'il a déclaré sa candidature au poste de secrétaire général à la place de Marie-George Buffet, André Gerin est devenu l'homme quasi invisible dans les pages de l'Humanité.



En lien:

Lettre de Stéphane Auriol à André Gérin

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Published by Vive le Parti Communiste Français - dans PCF - projet
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commentaires

Pensez BiBi 03/01/2010 23:37


Les prises de position d'André Gerin sur la burqa font plutôt froid dans le dos. Il en voit deux à Venissieux et le voilà qui generalise pour la France avec une peur au ventre inconsidérée.
BiBi a connu en son temps ces communistes qui se réclamaient de l'aristocratie ouvrière et chez qui - habitus rétrograde de classe non analysé - on percevait très nettement des relents
anti-intellectuels.
C'est cette frange qui suivait Marchais, insultait Althusser et critiquait les "charlots" de la Nouvelle Critique.
André Gerin veut garder sa Mairie à n'importe quel prix et vient servir un discours sans armature théorique (avec ces" il faut mettre les mains dans le cambouis"... il n'est pas si loin du Discours
sarkozyste, homme d'action etc...) Un discours ouvriériste qui a donné les résultats que l'on sait et qui a condamné le PC à être cequ'il est aujourd'hui.