Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A LA UNE

NOUVEAU SITE ACTUALISE QUOTIDIENNEMENT: http://vivelepcf.fr/

 

36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 19:46

Force et faiblesses du premier pouvoir ouvrier

 

Par Victor Joannès – Cahiers du communisme du 100ème anniversaire de la Commune de Paris – 1871 - 1971

 

D’après les analyses de Marx, Engels et Lénine (L’Etat et la révolution)

 


En novembre 1831, les canuts lyonnais, agissant pour la première fois comme force autonome, sans que la bourgeoisie les impulse ou les dirige, se rendent maîtres de leur ville. Mais dépourvus d’idéologie comme d’organisation, ils sont incapables d’exploiter leur succès, et cèdent sans combat.

 

En juin 1848, les ouvriers parisiens, à qui on veut voler leur victoire de février, prennent les armes. Par une lutte héroïque, ils occupent la moitié de Paris, les barrières, une partie de la banlieue. En progrès sur les Lyonnais, ils savent ce qu’ils veulent : «  La République démocratique et sociale », dit une de leurs affiches. Mais n’ayant le soutien d’aucune fraction politique et manquant de l’indispensable organisation de base, ils seront écrasés après quatre jours de combats.

 

Tout change avec la Commune. Car elle met « pendant deux mois pour la première fois aux mains du prolétariat le pouvoir politique ». Et c’est là, sans conteste, le fait historique fondamental de l’expérience avortée mais glorieuse de la Commune de Paris, son premier et, à beaucoup d’égards, décisif apport au mouvement ouvrier. 

 

Lénine étudiant les problèmes qui se posaient pour la France, aux lendemains de la guerre contre l’Allemagne, écrit : « dans une période normale de l’histoire, une république démocratique bourgeoise aurait facilement résolu les problèmes énumérés plus haut. Mais quand la bourgeoisie s’y refuse, c’est le prolétariat qui résout ces mêmes problèmes violemment, par une révolution, et la Commune en était une ».

 

Relève si évidente, et qui parut si normale, qu’elle reçut l’accord actif, ou tacite, d’autres couches sociales : « la classe ouvrière fut reconnue ouvertement comme la seule capable d’initiative sociale. Elle fut reconnue comme telle même par l’exemple de la classe moyenne parisienne : les boutiquiers, les artisans, les commerçants, à l’exception des grands capitalistes. »

 

Mais dans le contexte d’une société bourgeoise, capitaliste, la classe ouvrière ne peut dominer politiquement, exercer le pouvoir sans avoir briser les chaînes qui l’attachent au capital, sans réaliser ce que Marx et Engels ont appelé la dictature du prolétariat. C’est précisément devant cette tâche que se trouve placée, dès le premier jour de son existence la Commune de Paris.

 

Un Etat de type nouveau.

 

Bien qu’elle n’est pu remplir cette tâche jusqu’au bout, la Commune entreprit la création d’institutions nouvelles, la création de l’instrument nécessaire pour combattre les forces de la réaction et s’opposer à la restauration de leur pouvoir. Elle créa un Etat de type nouveau, un Etat de classe, agissant au nom de la classe ouvrière et du peuple, pour la classe ouvrière et pour le peuple.

 

Quels étaient les traits principaux de cet Etat ? D’une part, il reposait sur l’arment du peuple substitué à l’armée de caste au service de la bourgeoisie. D’autre part, il remplaçait la haute bureaucratie policière et administrative de l’Etat bourgeois par un appareil démocratique, formé de fonctionnaires issus du peuple et rémunérés selon les mêmes normes que les autres travailleurs. Il instaurait une justice du peuple, faisant des magistrats et des juges des fonctionnaires responsables et révocables par lui. Il supprimait le parlementarisme formel de l’Etat bourgeois et le remplaçait par « des institutions où la liberté d’opinion et de discussion ne dégénère pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-mêmes, eux-mêmes appliquer leurs lois, eux-mêmes en vérifier les effets, eux-mêmes en répondre devant les électeurs ». La Commune, comme dit Marx, « devait être un corps agissant, exécutif et législatif à la fois », un gouvernement « de serviteurs responsables de la société », par opposition à l’autorité de type ancien revendiquant une prééminence au dessus de la société elle-même.

 

Bien entendu, la forme politique originale de la Commune parisienne devait être étendue à toutes les villes et villages de France. L’ensemble des communes ainsi constitué aurait élu la délégation nationale siégeant à Paris, chaque délégué au pouvoir central étant également lié à ses électeurs par un mandat impératif et révocable par eux. « L’unité de la Nation ne devait pas être brisé, mais au contraire organisée par la constitution communale ; elle devait devenir une réalité par la destruction du pouvoir d’Etat qui prétendait être l’incarnation de cette unité, mais voulait être indépendant de la Nation même, et supérieur à elle, alors qu’il n’en était qu’une excroissance parasitaire. »

 

Un Etat de ce type n’était plus, ne pouvait plus être l’instrument de domination d’une minorité d’exploiteurs sur l’ensemble de la société. La Commune en remplaçant un ensemble d’institutions par d’autres foncièrement différentes, n’établissait pas simplement une démocratie plus complète, elle innovait, accomplissait par là même une œuvre gigantesque. Comme le souligne Lénine dans « l’Etat et la révolution » : « c’est là justement un cas de « transformation de la quantité en qualité » : réalisée de cette façon, aussi pleinement et aussi méthodiquement qu’il est possible de le concevoir, la démocratie, de bourgeoise, devient prolétarienne ; d’Etat (= pouvoir spécial destiné à mater une classe déterminée), elle se transforme en quelque chose qui n’est plus, à proprement parler, un Etat ».

 

Ce caractère démocratique nouveau, supérieur, de la Commune s’est aussi exprimé dans la façon dont s’exerça le pouvoir. En effet, dans la mesure où la guerre civile lui en laissa le loisir, la Commune essaya de faire participer les grandes mesures populaires à l’administration et d’établir une liaison constante avec elles. Elle favorisa une vie politique intense dans les sections de l’Association internationale des travailleurs, dans les clubs, dans les réunions publiques, dans la presse largement ouverte à la critique de ses actes. Elle fit appel à l’initiative d’en bas, par exemple quand elle demanda aux commerçants et aux comptables d’élaborer eux-mêmes une solution pour le problème des échéances d’effets.

 

La part décisive de la classe ouvrière.

 

Pouvoir ouvrier par le caractère des institutions politiques qu’elle mit en place, la Commune le fut aussi par les forces qui la soutinrent, s’efforcèrent de soutenir ses réalisations et combattirent pour elle jusqu’au dernier moment, par l’indiscutable participation numérique des forces prolétariennes à toutes les actions qu’elle put entreprendre. Ainsi, le comité central qui déjoua la provocation versaillaise du 18 mars et libéra Paris, était de composition spécifiquement ouvrière. Jules Vallès le constate dès le 19 mars, et s’en étonne d’ailleurs : « je n’en connais aucun… aujourd’hui une demi-douzaine de garçons à gros souliers avec un képi à filet de laine, sans une épaulette, ni une dragonne, sont, sous ce plafond à cartouches fleuries, le gouvernement. Cette présence des « garçons à gros souliers » et qui vont gérer les affaires en attendant de les transmettre au conseil de la Commune atteste, concrètement, de la maturité des forces ouvrières.

 

En atteste également le fait que les élections de la Commune du 26 mars, faites au suffrage universel et direct, firent entrer dans ce conseil 25 ouvriers sur un total de 80 membres. Cette proportion, jusqu’alors jamais atteinte, déjà remarquable en elle-même, l’est davantage encore si l’on constate qu’il s’agit d’hommes éprouvés ayant joué un rôle actif dans les groupements ouvriers, et notamment dans les Chambres syndicales et dans la section française de l’Internationale.

 

Sans doute, dans le Conseil de la Commune, la majorité n’était pas ouvrière, et cela se verra par la suite de façon très regrettable. Mais ce sont les ouvriers qui dans ce conseil seront les plus efficaces, les plus réalistes, les plus désintéressés. Ce sont des ouvriers : Camélinat, Theisz, Combatz (pour ne citer que les plus connus) qui remirent sur pieds les services municipaux désorganisés par le sabotage systématique de Versailles et les firent fonctionner. C’est l’ouvrier bijoutier Leo Fränkel qui, délégué au Travail et à l’Echange, mit sur pieds le programme social de la Commune, et qui, en dépit de la brièveté du temps imparti commença à le réaliser. C’est l’ouvrier relieur Eugène Varlin qui, à la Commission des finances d’abord puis à partir du 21 avril à la Commission des substances, assuma pour une large part l’organisation matérielle de la ville et de l’armée.

 

Et c’est dans la classe ouvrière que se recrutèrent presqu’exclusivement les forces de la Commune. En  témoignent tragiquement les pertes subies aussi bien au cours des engagements avec les Versaillais et lors de la Semaine sanglante qu’avec la répression qui suivit la défaite. « On évalue à 100.000 le nombre des ouvriers qui, tués, prisonniers, ou en fuite, manquent à Paris en 1871. Cela représente le quart de la population ouvrière masculine. L’analyse de la composition socio-professionnelle des Parisiens arrêtés nous conduit aux mêmes conclusions. Sur un total de 34.722 personnes incarcérées, 5.873 seulement appartinnent à des catégories non ouvrières : petits commerçants, employés (et encore que de petits employés très proches très ouvriers !), professions libérales, rentiers, négociants ».

 

C’est cette prédominance ouvrière dans la masse des insurgés, c’est cette aptitudes des militants ouvriers à prendre en main les affaires de l’Etat et à les analiyser avec lucidité, à s’efforcer de la résoudre correctement, malgré beaucoup d’hésitations et de fauisses manœuvres, sur lesquelles nous reviendrons, qui donne à la Commune son sens de mutation historique, encore précoce et peu durable, mais pourtant décisif. On comprend que Marx analysant ce fait absolument nouveau ait pu y voir « un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail ». Et on comprend aussi qu’Engels ait pu écrire que la Commune ait été le tombeau du vieux socialisme spécifiquement français, en même temps que le berceau du communisme international nouveau pour la France. » « A contrario, on comprend aussi que toute l’historiographie bourgeoise s’efforce encore aujourd’hui de masquer cette nouveauté, cette modernité de la Commune.

 

Des mesures sociales et démocratiques.

 

Certes, il est vrai qu’en raison du manque de temps et de l’obligation où elle s’est trouvée de se consacrer, presqu’exclusivement à sa défense, la Commune n’a pu qu’amorcer son œuvre dans le domaine économique et sociale. Mais ses décisions en cette matière soulignent, elles-aussi, son caractère prolétarien et démocratique. Leur simple énoncé suffit pour réfuter les affirmations grossières de l’historien américain Manson pour qui la Commune ne fut qu’un épisode dont « les origines sociales étaient vagues et les intentions sociales douteuses », ou celles de M. Laronce pour qui la Commune n’a été qu’un « parlement bourgeois à tendance radicale » ou encore celle de M. Rougerie qui soutient contre toute vérité que dans les documents de la Commune « il n’est nulle part question de supprimer le capitalisme » et cela quand Jules Vallès appelait dans le « Cri du peuple » à en finir pour toujours avec le salariat. Sans législation spéciale et compliquée, simplement par des actes, la Commune s’est attaquée au droit de propriété traditionnelle. Elle a décrété la remise aux associations ouvrières des entreprises immobilisées ou abandonnées par leurs propriétaires ; elle a aboli le système des amendes sur les salaires ; elle a supprimé les bureaux de placement qui étaient de véritables officines policières et confié aux bourses du travail le soin de procurer des emplois ; elle a supprimé le travail de nuit dans les boulangerie ; elle a fait remise aux locataires de leur terme du temps de guerre, tout en procédant par ailleurs à la réquisition pour le logement des sinistrés et des réfugiés.

 

Sur le plan religieux, la Commune a été très nette : liberté de conscience, pas de persécution religieuse. La religion est affaire privée et personnelle, d’où séparation de l’Etat et de l’Eglise.

 

Partant de cette donnée générale, la Commune a posé les principes d’un véritable enseignement laïque, gratuit et obligatoire, nullement vexatoire. Cet enseignement devait être débarrassé des entraves imposées par les gouvernements au service de la classe exploiteuse. « La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Eglise et de l’Etat. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science était libérée des fers dont les préjugés du pouvoir et de la classe gouvernementale l’avaient chargée ».

 

Le nom glorieux du délégué à l’enseignement, Edouard Vaillant, homme d’une rare culture, qui fut secondé dans sa tâche, par Elie Reclus, l’un des plus grands géographes de son temps, les noms du grand peintre Gustave Courbet, du journaliste et écrivain Jules Vallès suffisent à rappeler tout ce que la Commune a fait pour l’instruction publique, les sciences et les arts.

 

Ainsi donc la Commune a bien abordé concrètement les problèmes de la démocratie économique et sociale qui sont la base d’une véritable démocratie. Ajoutons que la Commune ne s’est nullement désintéressée du sort des couches moyennes. Elle a pris d’importantes mesures sociales en leur faveur. Par exemple, outre le moratoire des loyers, elle a décrété la remise du paiement des échéances, ce qui signifiait la suspension définitive des traites dont les échéances menaçaient les boutiquiers de faillite. Et ce ne fut certainement l’un des moindres mérites de la Commune aux yeux de la petite bourgeoisie artisanale et boutiquière qu’elle fut un modèle d’ordre public.

 

Comme le faisait remarquer un membre de la Commune, « on n’entendait plus parler d’assassinat, de vol, ni d’agression, à croire vraiment que la police avait entraîné à Versailles toute sa clientèle ».

 

Quant aux paysans, la Commune leur offrait de faire payer les frais de la guerre par ceux qui en étaient responsables ; un gouvernement à bon marché ; l’affranchissement de la tyrannie des représentants de l’Etat bourgeois, préfets, gendarmes, ainsi que des notaires, huissiers, avoués dont les charges seraient devenues celles de fonctionnaires responsables et révocables et comme à tous l’instruction gratuite de leurs enfants.

 

Malheureusement, on le sait, la Commune n’eut ni les moyens suffisants, ni surtout le temps, d’établir des liens étroits avec les larges masses paysannes, ce qui la priva du soutien actif de ces dernières.

 

Mais il reste que l’expérience de la Commune, ses efforts pour réaliser l’alliance avec les couches moyennes des villes, son brillant exemple d’union du travail et des hommes de culture, ses tentatives – même insuffisantes – de contact avec la paysans ont fourni des enseignement précieux sur l’alliance nécessaire de la classe ouvrière avec toutes les autres classes et couches de la nation exploitées par le Capital.

 

Il faut encore insister sur un autre aspect qui a donné à la Commune son caractère de gouvernement ouvrier et, par là national : son internationalisme, et qui fait l’objet de l’étude de Raoul Callas.

Contre le gouvernement de la bourgeoisie responsable de la capitulation et qui pactisait avec l’envahisseur pour écraser Paris, la Commune ouvrit les rangs des combattants de la cause nationale à des ouvriers et des patriotes étrangers qui avaient compris que la victoire de la Commune serait aussi leur victoire, la victoire de la démocratie véritable et de la liberté réelle.

 

Depuis la Commune, la grande bourgeoisie est devenue un élément permanent de trahison de la nation, parce que ses intérêts de classe sont en contradiction avec l’intérêt national. Par contre, la classe ouvrière et son avant-garde communiste sont devenues toujours plus le facteur déterminant de l’unité nationale. Comme l’avait montré la Commune : patriotisme et socialisme vont de pair !

 

Les points faibles du premier Etat ouvrier.

 

Etudiant les causes profondes de l’échec de la Commune, Lénine met en évidence deux données essentielles.

 

La première est le faible développement des forces productives dans la France de 1871, le fait que tout en étant un des principaux Etats capitalistes de ce temps, la France restait encore un pays d’artisans, de boutiquiers et de paysans. La concentration de l’industrie et donc de la classe ouvrière n’avait pas atteint un degré suffisant.

 

La deuxième est l’impréparation politique du prolétariat. Il manquait à la classe ouvrière un parti dirigeant armé d’une théorie révolutionnaire sans laquelle il n’y a pas, il ne peut y avoir, de véritable mouvement révolutionnaire. « Il n’existait pas de parti ouvrier : la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicat ou association coopérative de masse ».

 

Ce sont ces circonstances qui sont à l’origine des faiblesses de la Commune et expliquent les fautes qu’elle a commises, fautes qui l’ont conduite à la défaite.

 

L’erreur fatale du prolétariat parisien fut la proclamation de la république le 4 septembre 1870, de conserver des illusions sur le sentiment national de la bourgeoisie. Il n’était pas encore clair pour la classe ouvrière que la bourgeoisie avait achevé son rôle national, que désormais la sauvegarde de ses intérêts égoïstes de classe la dressait contre la nation, faisait d’elle l’instrument de la trahison nationale.

 

C’est en raison de ces mêmes illusions que la Commune ne mit pas à profit, dès le 18 mars, les bonnes dispositions des troupes pour marcher sur Versailles, et faire prisonnier le gouvernement. Marx a souligné le caractère irrémédiable de cette faute : « S’ils succombent, les communards, leur caractère bon garçon en sera cause. Il eût fallu marcher aussitôt sur Versailles après que Vinoy d’abord, et ensuite les éléments réactionnaires de la Garde nationale eurent laissé le champ libre. Par scrupule de conscience, on laissa passer le moment favorable. On ne voulut pas commencer la guerre civile, comme si ce méchant avorton de Thiers ne l’avait pas déjà commencé, en tentant de désarmer Paris ».

 

De même, l’auteur de « La guerre civile en France » signale que dans la lutte qu’elle fut ensuite obligée de mener la Commune resta généralement fidèle aux mêmes errements. Elle ne combattit pas avec la méthode et l’acharnement convenables la nuée de policiers, de provocateurs et d’espions que Thiers entretenait dans la capitale, faisant le plus souvent preuve, à l’égard de ceux qu’elle arrêtait, d’une magnanimité excessive.

Disposant du pouvoir, appuyé par Bismarck, Thiers put ainsi écraser la Commune qui avait été proclamée à Lyon Marseille, Narbonne et dans quelques autres grands centres industriels et isoler Paris de la province. Dans Paris même, avec les difficultés et la sauvagerie de la guerre menée par les Versaillais, la classe ouvrière se trouve également peu à peu isolée de la petite bourgeoisie qui l’avait soutenue au début de l’insurrection. L’alliance étroite, indispensable de la classe ouvrière avec les larges masses paysannes et les couches moyennes des villes que la la Commune avait tenté ne put s’effectuer.

Une autre faute mise en évidence par Marx consiste dans le respect excessif de la démocratie formelle, héritage comme tant d’autres choses des conceptions petites bourgeoises. La Commune ne tint pas suffisamment compte des conditions difficiles qui suivirent la révolution du 18 mars. « Deuxième faute, écrit Marx, le Comité central se démit trop tôt de ses fonctions pour faire place à la Commune. Encore par un trop grand scrupule d’honneur » !

 

Les mêmes scrupules se retrouvent dans certains aspects de la politique sociale de la Commune. Elle n’osa pas s’attaquer hardiment à la propriété capitaliste. On sait, par exemple, qu’elle s’abstint d’occuper la Banque de France et laissa à peu près intact le trésor national qui aurait pourtant constitué pour elle un énorme trésor de guerre. Engels observe à ce propos : « La banque aux mains de la Commune, cela valait mieux que 10.000 otages. Cela signifiait toute la bourgeoisie française faisant pression sur le gouvernement de Versailles pour conclure la paix avec la Commune ».

 

La Commune perdit aussi beaucoup de temps à des bagatelles, à des querelles personnelles, à des gestes inutiles et même maladroits comme la destruction de la colonne Vendôme ou de la maison de Thiers, place Saint-Georges.

 

Toutes ces indécisions, toutes ces erreurs de la Commune étaient la conséquence des conceptions confuses d’origine proudhonienne et blanquiste qui prédominaient dans le Conseil général, en même temps que du maque d’expérience. « Il va sans dire que la responsabilité des décrets économiques de la Commune, de leurs côtés glorieux ou peu glorieux, incombe en première ligne aux proudhoniens, comme incombe aux blanquistes celle de ses actes et de ses carences politiques ».

 

En outre, sinon chez les principaux dirigeants ouvriers, du moins dans les milieux ouvriers, les vues manquaient souvent de précision. Frankel dira bien le 23 avril 1871 : « nous sommes ici non pour défendre des questions de municipalité, mais pour faire des réformes sociales… Je n’ai accepté d’autre mandat que celui de défendre le prolétariat ». Il précisera le 12 mai : « Nous ne devons pas oublier que la révolution du 18 mars a été faite exclusivement par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, nous qui avons pris pour principe l’égalité sociale, je ne vois pas la raison d’être de la Commune ».

 

Mais s’il définit aussi immédiatement et aussi clairement le but essentiel, c’est qu’il est marxiste ; et il est, sans doute, le seul.

Lénine a remarquablement résumé ce que furent les faiblesses de la Commune et leurs conséquences : « Deux fautes anéantirent les fruits d’une brillante victoire. Le prolétariat s’arrêta à mi-chemin : au lieu de procéder à « l’expropriation des expropriateurs », il se laissa entraîner par des rêves sur l’établissement d’une justice suprême dans le pays, uni par une tâche nationale commune ; des institutions comme les banques ne furent point saisies, la théorie proudhonienne du « juste échange », etc. régnait encore parmi les socialistes. La deuxième faute fut la trop grande magnanimité du prolétariat ; au lieu d’exterminer ses ennemis, il chercha à exercer une influence morale sur eux, il négligea l’importance des actions purement militaires dans la guerre civile et au lieu de couronner sa victoire à Paris par une offensive résolue sur Versailles, il donna à Versailles le temps de rassembler les forces ténébreuses et de se préparer à la Semaine sanglante de mai.

 

Malgré ses fautes et sa défaite, la Commune de Paris a constitué pour le mouvement ouvrier français et international la plus riche et la plus exaltante expérience jusqu’à la révolution victorieuse d’Octobre 1917.

 

Les réalisations concrètes de la Commune ont montré comment, selon l’expression de Lénine, « le prolétariat sait accomplir les tâches démocratiques que la bourgeoisie ne sait qu’énoncer ». Et ce sont les combats héroïques des communards qui ont rendu impossible en France la restauration de la monarchie et imposé la République, « c'est-à-dire cette forme d’organisation de l’Etat dans laquelle les rapports de classes se manifestent de la façon la moins dissimulée ».

Les leçons de la Commune, les Bolchéviks, sous la direction de Lénine, ont su les premiers les mettre à profit pour conduire à la victoire de la Révolution socialiste, à la création du premier Etat socialiste dans l’histoire.

Et cette intégration de la substance même de la Commune de 1871 dans le contenu de la grande Révolution d’octobre 1917 constitue en quelque sorte l’apport le plus décisif au mouvement ouvrier mondial.

Les communistes français, tous les partisans du socialisme dans notre pays ne sauraient perdre de vue les enseignements de cette première mais si riche expérience de pouvoir ouvrier qui se développa sur notre sol, dans notre capitale.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Vive le Parti Communiste Français - dans Assumons l'histoire du PCF
commenter cet article

commentaires

Xuan 14/04/2011 23:04


OK, la discussion franche n’exclut pas de se chambrer.
Il n’y a pas de différence entre les deux Xuan, et le forum dont tu parles figure dans ma fiche d’identification, mais j’établis une nette différence entre la direction de ton parti et votre blog,
dont j’ai cité la juste position « NON à la guerre, non à toute intervention militaire française en Libye! », en contrepoint au communiqué de presse de ton parti daté du 18 mars.

En ce qui concerne la Chine (dont je ne suis pas le représentant attitré), sa position consiste à établir des relations diplomatiques avec tous les pays qui la reconnaissent exclusivement (sans
Taïwan), et quel que soit leur régime politique. C’est-à-dire qu’elle n’établit pas de différence de nature entre une dictature terroriste ouverte bourgeoise et une dictature bourgeoise
parlementaire comme la notre aujourd’hui.
Ceci nous renvoie au pacte germano-soviétique signé par Staline avec Hitler, après que la France et l’Angleterre aient refusé toute alliance contre le nazisme.
La Chine ajoute à ces considérations la position inchangée de « non ingérence », héritée de son passé de semi colonie, et qu’elle applique notamment aux pays du Tiers Monde, en opposition à
l’ingérence « humanitaire » pratiquée par les pays impérialistes.
Mais je ne veux pas m’écarter davantage du sujet de la Commune de Paris.
A bientôt et bonne continuation.


marcel raym 14/04/2011 21:25


Xuan, je me suis sans doute mal exprimé. Cette question (la dictature du prolétariat) n'est pas déplacée.Elle est centrale. Son abandon par le PCF, parti auquel je reste attaché comme des milliers
de communistes sans carte,a préfiguré d'autres abandons. Nous vivons sous la dictature du capitalat et c'est celle là qu'il faut abandonner.Si je me suis permis de te taquiner sur la Chine c'est
que je lis les interventions d'un certain Xuan sur un autre forum. Ici tu es sur le blog des oppositionnels au sein du PCF qui presentent la candidature d'Emmanuel Dan Trang dont tu peux lire les
positions plus haut, que je partage pour l'essentiel.


Xuan 14/04/2011 20:56


Bonjour Raymond,
c’est spirituel mais ça ne répond pas à ma question qui est sans doute polémique mais nullement agressive.

A quoi bon citer « L’Etat et la Révolution » et faire simultanément l’impasse sur la notion de Dictature du Prolétariat, dont Lénine démontre justement la nécessite à propos de la Commune de Paris
?

Cette notion te paraît peut-être déplacée aujourd’hui, mais son abandon a encore des répercussions, depuis l’échec de l’Union de la Gauche jusqu’au choix du candidat Mélenchon.


marcel raym 14/04/2011 16:12


Ah mon cher Xuan, j'approuve totalement ton intervention. Mais l'article a été écrit en 1971, c'était il y a un siècle. J'etais au parti et criais "une seule solution la revolution, un seul moyen
le programme commun"(et non pas la dictature du prolétariat). Tes amis me saluaient poliment d'un "réviso crève salope' et d'un affectueux coup de barre de fer. Allende venait d'etre élu cinq mois
avant et le PC chinois n'avait pas encore redigé son télégramme de félicitation à Pinochet pour avoir sauvé son pays du social-impérialisme. Nostalgie.


Xuan 13/04/2011 20:38


Merci pour ce très intéressant article sur la Commune de Paris.
Je regrette que vous ayez omis de citer la notion très importante énoncée par Lénine à propos de la Commune de Paris dans "l'Etat et la Révolution", celle de la DICTATURE DU PROLETARIAT :
"l'une des idées les plus remarquables et les plus importantes du marxisme au sujet de l'Etat, celle de la "dictature du prolétariat" (comme devaient s'exprimer Marx et Engels après la Commune de
Paris); nous y trouvons ensuite une définition de l'Etat, intéressante au plus haut point, et qui est également au nombre des "paroles oubliées" du marxisme : "L'Etat, c'est-à-dire le
"prolétariat organisé en classe dominante." [Lénine]

Lénine parle de "parole oubliée" [par les sociaux démocrates de son époque].
Ceci devrait nous alerter sur l'argument "la dictature du prolétariat c'est dépassé".
En réalité, il s'agit simplement du renversement du pouvoir et non de la dictature opposée à la "démocratie".
Car la démocratie actuelle n'est qu'un des aspects de la dictature de la classe bourgeoise.
Il suffit de lire le règlement intérieur de n'importe quelle boite pour comprendre que la "démocratie" n'est qu'une façade.
C'est une des raisons pour lesquelles la classe ouvrière est mille fois plus lucide que n'importe quel "politologue" de droite ou de "gauche".