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36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
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Enseignements de l’expérience des communistes italiens (1)

 

Le débat organisé à Paris le 17 mai dernier avec Andrea Catone, historien, militant du Parti de la Refondation communiste (PRC) et collaborateur de la revue l’Ernesto s’est révélé extrêmement instructif sur la situation politique en Italie, l’état du mouvement communiste après la débâcle électorale, sur l’état du mouvement communiste en Europe.

Une retranscription de ces échanges est en cours. Je livre ci-dessous quelques éléments de mes interventions dans la discussion et de ma réflexion depuis suite au développement des analyses d’Andrea Catone.

Les expériences récentes du PCF et du PRC frappent d’abord par leurs étroites similitudes. On constate que les mêmes recettes donnent les mêmes résultats et que les appareils dirigeants à l’œuvre dans les deux pays appliquent la même orientation stratégique, suivant des méthodes comparables. Le Parti de la gauche européenne, le PGE se confirme être le lieu de leur coordination.

Le cinglant échec électoral d’avril dernier en Italie rappelle le résultat de Marie-George Buffet aux présidentielles de 2007 ou celui de Robert Hue en 2002.

Par son ampleur, inattendue, d’abord: 3,1% à la « gauche arc-en-ciel » contre plus de 10% à ses composantes en 2006, dont plus de 8% pour les deux partis communistes (PRC et PdCI, parti des communistes italiens, scission du PRC). Il n’y a plus aucun parlementaire communiste.

Par ses causes ensuite.

La participation des partis communistes au gouvernement de « centre gauche », même de « centre » tout court, de Prodi, qui a géré loyalement et activement les affaires du capital italien, le plus « européen » les a déconsidérés vis-à-vis de leurs électeurs. Elle les a amenés notamment à approuver une contre-réforme du système de retraite qui n’a rien à envier à celle de Fillon ou bien l’extension de la base américaine de Vicenze.

Ce discrédit a été renforcé par le flou des dirigeants de l’Arc-en-ciel sur le renouvellement éventuel d’une telle expérience. Cette ambiguïté a renforcé le vote « utile » pour le centre « gauche ».

La priorité donnée à la participation aux institutions sur l’action politique dans le mouvement des luttes est un trait commun essentiel aux directions du PRC et du PCF.

Un autre, qui lui est lié, est la volonté presque obsessionnelle de se débarrasser de ce que représente historiquement dans chaque pays l’identité communiste. Catone estime que le PRC se présentant sous son nom aurait rassembler au moins autant (aussi peu) de voix que toute la coalition qui effaçait toute référence communiste.

« Arc-en-ciel », voilà qui rappelle, jusqu’aux couleurs des affiches, cette étiquette de « gauche populaire antilibérale » dont s’était affublée la candidature Buffet, hypothéquant le vote communiste. En Italie, pour la première fois, aucun bulletin communiste ne portait la faucille et le marteau.

Fausto Bertinotti, dirigeant omniprésent du PRC, estime que « le communisme pourrait rester une tendance culturelle » dans un ensemble de « gauche », une sorte de « réserve indienne » pour Catone. De « Refondation communiste », il n’a cessé de glisser à « refondation » tout court, constate Catone. Les Cohen-Seat, Dartigolles ou Vieu ne l’ont-ils pas dit ou écrit à peu près dans les mêmes termes ?

Une autre similitude frappante se retrouve dans les pratiques de direction utilisée pour imposer les choix structurels, souvent sans ou plutôt contre l’avis des communistes. La méthode combine le développement d’une démocratie « cause toujours » comparable à la cacophonie organisée par les nouveaux statuts du PCF du 30ème congrès et coups de forces. Dans les deux pays, l’adhésion au PGE est forcée par une dissimulation des enjeux et une consultation sous influence.

Depuis en Italie, la direction autour de Bertinotti a tenté plusieurs autres coups de forces : la transformation du PRC en « section italienne du PGE » puis la création à l’occasion des élections anticipées de la « gauche arc-en-ciel », qui avait vocation à devenir un parti en tant que tel au-delà de l’échéance électorale.

Une réalité l’a mise en échec comme en France fin 2006 la combine des « collectifs antilibéraux ».

L’abandon des positions anticapitalistes et anti-impérialistes est également commun aux deux partis, pratiquement exactement dans les mêmes termes. Une figure en vue du PRC derrière Bertinotti, le président de la Région des Pouilles (où l’Arc-en-ciel a rassemblé aussi peu de voix qu’ailleurs), Nicky Vendola, a multiplié les sorties sur le thème qu’il fallait rompre avec une culture de « haine », liée à la lutte des classes… La priorité donnée au « sociétal » sur les enjeux de classes est aussi significative dans un pays comme dans l’autre.

Le congrès du PRC, comme celui du PdCI auront lieu fin juillet, « à chaud », contrairement au nôtre, qui aura lieu 18 mois après les présidentielles. Sa préparation, son déroulement et ses résultats seront très riches d’enseignements pour nous. Ils le sont déjà.

Bertinotti s’est retiré après les élections. Mais il l’avait déjà annoncé. Dans la foulée, un « comité provisoire » de 12 membres a été désigné pour assumer la direction avant le congrès. Les partisans affichés du « dépassement » de la référence communiste, dans la suite de l’Arc-en-ciel y sont légèrement minoritaires. D’autres dirigeants, jusqu’alors solidaires de leurs choix, maintenant affichant l’intention de maintenir le PRC, disposent d’une petite majorité. Ils restent fondamentalement liés au PGE.

La « sensibilité » liée à la revue l’Ernesto a un représentant. Des motions d’orientation viennent d’être rendus publics, au nombre de 5. Celle de l’Ernesto (dénomination pratique mais non revendiquée comme telle), est présentée au nom d’une centaine d’organisations du Parti, sections, cercles. Il suit plusieurs textes d’appels que nous avons traduits. Il part de la situation sociale sinistrée pour appeler à la riposte sur le terrain de classe, également sur le terrain syndical après l’approbation par les confédérations, y compris la CGIL, des orientations « libérales » de Prodi. Il insiste aussi sur la lutte contre l’impérialisme américain dominant et ses alliés. Sur le plan politique, il juge indispensable le maintien de l’organisation communiste et propose un « processus constituant » avec des éléments du PdCI, et d’autres groupes comme les Rete di Communisti que nous avions rencontrés avec intérêt à la Fête de l’Huma 2006.

Maintenir ce qui reste du parti communiste de masse et de classe et le reconstituer est leur objectif, un objectif que nous partageons dans notre réalité un peu différente.

En Italie comme en France, le capital peut avoir besoin d’une force à gauche pour canaliser la colère populaire. C’est ce que l’ancien président italien atlantiste Cossiga a clairement énoncé.

La recomposition politique en cours tend vers un modèle américain. Le « parti démocrate » de Veltroni en est l’expression, beaucoup plus clairement que le PS français. Le premier, pourtant issu du PCI, s’est transformé progressivement en « parti des démocrates de gauche » puis en « démocrates de gauche » puis maintenant en « parti démocrate » tout court avec une partie de l’ancienne Démocratie chrétienne. Le PS français ne semble pas en être là, se sentant, par exemple dans son projet de nouveaux principes pour son congrès, obligé de conserver une identité de « gauche », social-démocrate (Ce qui n’engage pas la mise en pratique politique…).

La tentation, sinon l’objectif, se manifeste parmi les dirigeants du PGE, d’occuper cet espace politique à « gauche » des partis d’origine social-démocrate. En Allemagne, die Linke se revendique comme telle ouvertement. En Italie, l’opération « section italienne du PGE » pourrait être remise à l’ordre du jour. Le liquidateur historique du PCI, Achille Ochetto, en est partisan. Mais, éliminer l’identité communiste, et tout ce qu’elle porte, est plus difficile en Italie qu’en Allemagne.

La situation en France présente une autre grande différence : le parti communiste historique, le PCF, n’a pas disparu. Il reste, malgré l’affaiblissement et les reniements de ses directions, le dépositaire de ce patrimoine de luttes lié à la théorie et à la forme d’organisation des partis communistes. Il continue à représenter un repère, même effacé, comme l’a illustré le bon résultat aux élections locales. Il continue d’être le lieu de l’unité des communistes, en France.

Sur cet aspect aussi, l’expérience italienne est riche d’enseignements.

A la transformation du PCI, « Refondation communiste » s’est organisée sous forme de regroupement vague de tout ce qui entendait conserver une étiquette communiste. Des groupes se disant « trotskystes » dont la « démocratie prolétarienne » ont investi le parti, saisissant l’occasion de récupérer une partie de l’héritage du PCI. Ils ont bien souvent servi de forces d’appoint à la stratégie de la direction de Bertinotti. « Refondation » n’a pas été le moyen de faire face à l’entreprise de liquidation de l’organisation communiste.

Voilà un élément de plus, en France, qui nous invite, communistes, à nous rassembler pour poursuivre le combat contre la liquidation du PCF, pour son relèvement sur des bases de classe.

Comme le faisait remarquer un participant au débat, 80% des procès-verbaux de sections écrits à l’occasion de l’Assemblée extraordinaire du PCF de décembre dernier, refusaient la disparition de notre parti et l’ordre du jour de la direction a été mis en échec.

Continuons ! En multipliant les échanges avec nos camarades d’autres pays, idéologiques comme politiques. Avec nos camarades italiens en particulier.

Et avec Andrea Catone dont la richesse de l’analyse, la clarté et la précision des explications ont impressionné les participants à nos débats.

 

Emmanuel Dang Tran

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