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Communistes, nous n’avons aucun hommage à rendre à l’homme politique Jorge Semprun !
Jorge Semprun est mort.
Ancien déporté résistant à Buchenwald-Langenstein, je ne puis être indifférent à la disparition d’un compagnon de souffrance.
Jorge Semprun était un écrivain. Je comprends que ceux qui ont apprécié son œuvre le regrettent.
Mais communiste, je ne conçois pas de rendre hommage à l’homme politique qui a trahi l’engagement de ses camarades. Comment Pierre Laurent peut-il saluer « ses combats pour l’émancipation humaine » et voir en lui un précurseur « que le PCF a sans doute trop tardé à entendre ».
A partir des années 60, Semprun aura utilisé sa qualité « d’ex », ex-résistant, ex-déporté, ex-communiste, pour prêter main forte à toutes les campagnes anticommunistes. D’abord habillés d’anti-stalinisme, ses prises de position, ses règlements de compte plutôt, ont vite révélé le nouvel engagement politique de l’individu : le parti de l’idéologie dominante, celui du capital et du patronat.
Dernièrement encore, il célébrait, une fois de plus, l’UE des multinationales dans un livre cosigné avec un certain Dominique de Villepin.
Il y a dix ans, Jean-Marie Messier le nommait au Conseil d’administration de Vivendi Universal…
Il n’aura eu de cesse de mettre en parallèle nazisme, stalinisme et communisme.
Ces déclarations, le statut de « conscience morale » que les gouvernants lui ont logiquement attribué, m’ont encore plus écœuré et révolté, comme nombre de mes camarades anciens déportés, à propos de la mémoire de la Déportation et du camp de Buchenwald.
Semprun, qui comme des milliers d’autres, devait sa survie à la résistance communiste dans le camp, aux sacrifices de l’Armée rouge, osait, entre autres, assimiler les camps nazis à des camps soviétiques. Cracher sur la RDA, célébrer l’Allemagne capitaliste restaurée, était devenu une obsession chez lui. Je l’ai vu, entendu, dénoncé.
On a le droit d’évoluer, de changer d’opinion politique. J’ai bien des camarades dans ce cas. Je respecte leur point de vue, je les contredis. Ils restent des amis.
Mais je n’ai aucun respect pour les renégats qui crachent dans la soupe et sont comblés d’honneurs pour cela par les pires ennemis des travailleurs.
Emile Torner, Buchenwald, 81.655