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Nous reproduisons le texte de l'article de Philippe Plassant paru dans le n° 1427 du Nouvel Economiste du 10 au 16 avril 2008.
Longuement interviewé, notre camarade André Gérin reprend des positions qui ne peuvent que susciter discussion chez les communistes.
Après son éloge de Castro, André Gérin pourrait passer pour un archéo. Total quiproquo: en réalité, le « coco » de Vénissieux a viré sa cuti stalinienne. A faire passer Besancenot pour un rigolo.
Lorsque l'on se rend à un rendez-vous avec André Gerin, pour comprendre comment en 2008 ce député communiste a pu prendre sa plume pour adresser une lettre de félicitations à Fidel Castro sur le départ, on s'attend à se retrouver avec le dernier des Mohicans de l'assemblée. Impression renforcée au premier contact par la façon un brin soupçonneuse avec laquelle il dévisage son interlocuteur, comme pour cerner ses arrière pensées forcément malveillantes. Erreur: l'homme qui a à son actif sa réélection à la mairie de Vénissieux dès le premier tour (avec 53% des votants) est tout sauf un communiste primaire et affiche en réalité un positionnement sans complexe. «Ma lettre à Castro est un coup de sang. Je ne pouvais pas laisser sans répondre Bush, le président de Guatanamo, zone de total non-droit, critiquer Cuba. Ce régime n'est pas exempt de critiques, je me rends à la Havane au printemps pour me faire mon opinion.» Un camarade libéré.
Communiste et le « culte » du résultat
«D'abord je suis très fier d'avoir été pendant 21 ans ouvrier chez Berliet. J'y ai contracté le virus de la politique aux côtés de la génération qui avait fait la Résistance et la reconstruction et en même temps, c'est là que j'ai appris «l'obligation de résultat». Mes camarades d'atelier me lançaient: « Si tu veux progresser, montre-nous ce que tu sais faire.»
Aujourd'hui, je tiens le même discours aux fonctionnaires de la ville. J'ai appris aux techniciens les ratios économiques. Pour-moi, un sou est un sou, qu'il soit public ou privé. Quand une entreprise de ma ville, une PME ou un artisan, est capable d'apporter la même réponse technique moins chère, je prends le privé sans état d'âme car j'ai la responsabilité du bon usage de l'argent. J'ai appris surtout à défendre l'intérêt général, sans esprit de boutique, ni partisan », explique André Gerin. Ce n'est pas la seule entorse à la doxa du Parti. Il n'a pas hésité à ouvrir certains services publics le samedi et même, comble du comble, le dimanche "tout simplement pour mettre en adéquation les services avec les besoins et attentes de la population".
Innovation encore avec la création originale d'une ligne d'appel fonctionnant nuit et jour tout au long de l'année - le TOP pour "office public de la tranquillité" De même fut-il pionnier dans les délégations de quartier mises en place il y a près de 20 ans. Sa conviction: « Les services publics comme on les concevait dans les années 70 doivent évoluer en fonction des besoins. On ne peut plus être au four et au moulin. Ce que nous devons créer c'est avant tout du lien social et de la citoyenneté. » De beaux discours car le maire traîne derrière lui une réputation d'autoritarisme. "Je ne me laisse pas marcher dessus, c'est évident. Mais je tiens le même discours à tout le monde. Et si mettre les devoirs au même niveau que les droits, si expliquer aux jeunes que ce n'est pas parce qu'ils sont dans la «merde» qu'ils peuvent tout se permettre, alors oui je suis autoritaire, mais je n'ai aucun problème là-dessus. La dissolution de l'autorité à tous les étages de la société a été une catastrophe. Je suis pour que l'on remette la question des limites et du respect au centre." André Gerin assume.
Pour un capitalisme des métiers