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NOUVEAU SITE ACTUALISE QUOTIDIENNEMENT: http://vivelepcf.fr/

 

36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 23:55

A lire ou relire pour en mesurer la valeur historique et l'actualité

 

Déclaration finale du Congrès de Tours – 29 décembre 1920 – rédigée au nom du Parti, par Paul Vaillant-Couturier

 

 

Le Congrès de Tours marquera une date historique dans la vie longue déjà et glorieuse du socialisme en France. S’il restaure parmi nous les conceptions traditionnelles de Marx et d’Engels, les doctrines jadis consacrées et trop souvent désertées dans la pratique, il adapte en même temps aux nécessités des temps nouveaux, aux obligations impérieuses que nous assigne la crise révolutionnaire mondiale, les méthodes de préparation et d’action qui doivent désormais prévaloir.

180px-Paul-Vaillant-Couturier.jpgEn face du régime capitaliste qui croule politiquement, économiquement, socialement, notre discipline devait se resserrer, la rupture s’affirmer avec tout ce qui représente les classes déclinantes, la lutte des classes être proclamée dans toute son ampleur.

Tel est le sens de l’adhésion du socialisme français à cette Internationale communiste qui a relevé le véritable drapeau de l’Internationale des travailleurs, et la majorité des trois quarts des suffrages exprimés qui s’est manifestée à Tours donne à cette adhésion sa valeur de souveraine puissance.

Héritiers des hommes qui fondèrent et notre parti en France et l’organisation ouvrière révolutionnaire dans le monde, nous poursuivons leur tâche. Du Congrès inaugural de la Première internationale, il y a 56 ans, au Congrès d’Amsterdam, en 1904, et de notre congrès d’unité en 1905 au Congrès de Tours, la chaîne est continue.

A la droite de notre parti, un petit nombre d’hommes, des élus plus que des militants, dont certains comptaient des états de service mais qui s’étaient laissé conquérir par la conception révisionniste et purement parlementaire, nous ont quittés délibérément. Leur position était prise d’avance ; ils avaient préparé leur schisme. Au Congrès de la Fédération de la Seine, le secrétaire du Parti avait démasqué leurs desseins. Ils n’ont pas voulu comprendre la loi d’airain des temps nouveaux. Nous passons.

Au centre, d’autre en plus grand nombre ont rompu avec nous. Ils ont hésité jusqu’à la dernière minute. Irrésolus, incapables de faire leur choix entre le réformisme parlementaire er le communisme marxiste, ils se sont rapprochés des hommes mêmes qu’ils avaient jadis combattus.

Partisans, suivant leu motion, d’une adhésion à la IIIème Internationale, ils se sont refusés à suivre aucun des chemins qui pouvaient y conduire.

Ils sont les véritables auteurs de la crise, si restreinte soit-elle, où pénètre notre parti.

Ils ont montré, par leur geste, aux masses laborieuses de ce pays, qu’ils en assumaient la responsabilité. Ce n’est pas sur un vote de principe qu’ils sont morts, mais sur la lecture d’un document d’allure polémique, un message de l’Internationale communiste dont ils ont voulu méconnaître la signification réelle.

C’est en vain que nous leur avons offert tous les apaisements légitimes. C’est en vain que nous avons pris l’engagement catégorique de consacrer, dans un statut, le droit des minorités. C’est en vains que nous nous sommes prononcés contre les exclusions pour des actes du passé.

Des considérations d’amour-propre où se révèle l’esprit petit-bourgeois, des raisons que le prolétariat ne peut comprendre, lui qui met la cause de la révolution au-dessus des personnes, les ont conduits à la rupture.

Qu’ils en gardent devant l’histoire la lourde charge !

Dans cette séparation d’avec les éléments anciens, nous regardons avec joie la puissance saine et majestueuse de notre grand Parti. Toutes les grandes fédérations des régions industrielles sont avec nous ; les fédérations paysannes sont venues, par leur renfort, nous attester le fécond travail qui s’accomplit dans les masses rurales. Ainsi se marquent la solidarité grandissante entre les travailleurs des villes et ceux des champs, les progrès de l’esprit de classe, cette condition même de l’élaboration de la société future.

C’est la clarté tranchante de la politique menée en commun par tous les partisans sincères de la IIIème Internationale qui a frappé le plus vivement la conscience du prolétariat.

Ainsi s’est réalisée en France l’union intime et désormais indissoluble de tous les socialistes communistes.

C’est la France salariée, la France en révolte contre le régime capitaliste, régime de guerre et de faillite, régime de rapine, d’exploitation et de servitude, c’est toute cette France militante qui est avec nous ; c’est elle qui défendra demain, de concert avec toutes les sections de l’Internationale communiste, la paix, le droit des peuples et la révolution menacés par les impérialistes, masquant leurs intérêts de classe derrière la défense nationale.

L’œuvre qui s’impose à notre parti est énorme ; elle ne nous effraie pas. Le vieux monde s’effondre devant l’esprit des temps nouveaux. La révolution qui s’annonce, qui est née en Russie et qui gagnera de proche en proche tous les Etats et tous les continents trouvera des millions et des millions d’artisans sévères. L’âpre lutte continuera, patiente quand il le faudra, rapide et décisive à l’heure venue pour la libération des nouveaux esclaves. Le régime bourgeois chancelle sur ses bases au lendemain de la plus cruelle des guerres ; nous lui porterons seulement le dernier coup.

 

PROLETAIRES, PAYSANS ET OUVRIERS !

 

Vos devoirs s’accroissent dans la mesure où les temps avancent. Vous ne vous laisserez séduire ni par ceux qui veulent trouver dans le parlementarisme exclusif, dans l’abandon des principes socialistes, dans la collusion avec l’adversaire capitaliste, des avantages illusoires, des transactions mortelles pour la révolution, ni par ceux qui cherchent leur voie à tâtons sans jamais se résoudre et qui, inconsciemment, paralysent l’œuvre d’affranchissement.

Vous tous, vieux militants de notre parti, qui l’avez servi par votre dévouement opiniâtre, jeunes hommes soulevés par le cyclone de la guerre et qui affluez dans nos rangs, vous viendrez à nous pour consommer l’œuvre commencée.

Que notre Parti soit grand ! Que notre parti soit fort et discipliné, maître à la fois de ses militants et de ses élus ! Que dans l’Internationale, relevée l’ombre de la première des grandes révolutions sociales, il soit digne de son passé, digne de Babeuf, digne des hommes de Juin 1848, digne de la Commune, digne de Jaurès, digne de l’avenir glorieux qui s’offre à nous !

Le combat continue plus ardent et plus ample. Il ne s’agit point d’émeutes et d’aventures. En travailleurs, toujours équipés avant l’heure de l’offensive, nous creuserons nos parallèles de départ, toujours à l’affût d’un ennemi que nous savons implacable et préparé.

Que la décision de Tours soit l’ordre suprême pour tous les prolétaires français !

Que l’adhésion à la IIIème Internationale retentisse à travers le monde comme l’annonce des grands changements prochains !

VIVE LE SOCIALISME REVOLUTIONNAIRE FRANçAIS !

VIVE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE !    

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 17:55
La direction du PCF marque l’anniversaire du Parti par une série de débats et de projections au siège, place du Colonel Fabien les 10 et 11 décembre 2010.
 
La lecture du programme à de quoi étonner sur les objectifs politiques de l’initiative.
 
Cet anniversaire devrait être l’occasion de réaffirmer la raison d’être de notre parti, notre fidélité aux choix fondateurs du Congrès de Tours, à la rupture avec l’opportunisme réformiste. Le besoin de l’outil historique au service des travailleurs dans la lutte des classes, contre le capitalisme, qu’a été le PCF vient de s’exprimer encore plus nettement dans les dernières luttes.
 
Les communistes ont fait le choix en 2007 de maintenir leur parti le PCF, quand les principaux dirigeants remettaient en cause son existence même puis invitaient à sa « métamorphose ».
Les communistes sont en droit d’attendre aujourd’hui que la direction assume, défende l’histoire de leur Parti et sa continuité, sans hésiter à pousser la critique, mais en combattant fermement les attaques anticommunistes et révisionnistes d’où qu’elles viennent.
 
arton5272.pngLa commémoration à Fabien ne se place pas dans ces objectifs, c’est le moins que l’on puisse dire.
 
Le carton d’invitation met en exergue : « PCF réseau social depuis 1920 ». Voilà l’organisation de classe structurée, qui a permis l’intervention politique de millions de travailleurs dans leurs cellules de quartiers et d’entreprise, réduite au statut de Facebook !
 
Que signifie l’intitulé de la journée, « PCF : vers un nouveau siècle d’émancipation » ? L’émancipation de qui, de quoi, pour quoi ? Pour les communistes depuis 1920, sur la base de l’analyse marxiste, notre perspective politique porte un nom : le socialisme pour rompre avec le capitalisme. Il semble être passé aux oubliettes de Fabien.
 
Nous ne sommes pas contre la confrontation avec des personnalités politiques et des historiens qui nient la raison d’être du PCF, qui le combattent, encore qu’une célébration n’est guère le bon moment pour cela. Les 10 et 11 décembre, point même de confrontation : sur le plan historique, il n’y a que les mouvances « refondatrice », gauchiste et social-démocrate qui sont représentées.
 
Roger Martelli vient de quitter le PCF avec un fracas calculé. Pour lui, la « forme » parti, surtout la plus achevée, la forme « parti communiste », sont dépassées. Depuis une décennie, ses travaux « historiques », jadis mieux inspirés, s’efforcent péniblement d’étayer ce révisionnisme, de démontrer notre déclin inéluctable.
Le voilà qui préside au « cédérom sur l’Histoire du PCF » présenté ce jour. Le voilà qui est invité au débat « historique » sur « Maurice et Jeannette, un couple dans le siècle » (sic !). Il s’y retrouve aux côtés de l’historienne, pour le moins non communiste, auteur d’un livre du même titre, qui pratique le révisionnisme par le petit bout de la lorgnette.   
Le sujet de l’autre débat historique est bien choisi aussi. Il est consacré à Charles Tillon, évidemment pour en retenir sa place de martyr d’un « stalinisme à la Française ». Parmi les intervenants, on trouve M. Claude Pennetier, historien de tendance trotskyste, auteur en 2007 d’un xème livre malhonnête, proprement dégueulasse, sur le PCF en 1940, accusé de collusion avec les nazis, que nous avons eu l’occasion de dénoncer sur ce site.
 
Comme film, les programmateurs n’ont pas trouvé mieux que « Goodbye Lénine » dont le sentimentalisme ne doit pas faire oublier la thèse centrale : le rejet de Lénine et du léninisme dans le passé révolu. « L’Atlantide, une histoire du communisme » de Marcel Trillat et Maurice Failevic s’applique d’une tout autre manière, mais toujours avec sentimentalisme, à force d’anecdotes et de témoignages vaseux, à montrer les erreurs, le sectarisme du communisme « balayé par le vent de l’Historie » et à faire passer la résignation à la fin (la « transformation-métamorphose ») du PCF.
 
Pour finir, un débat sur « la visée communiste pour le XXIe siècle » rassemble Anicet le Pors, qui a quitté le Parti en 1994, Marie-Pierre Vieu pour qui le PCF est un « parti outil usé » et les dirigeants de la JC et du PCF, Pierrick Annoot et Patrice Bessac, « responsable » des transformations du PCF au « congrès » extraordinaire de juin 2010. On voit la « visée » !
 
La table de livres est éclectique et reprend tous les titres des éditeurs invités. Du coup les noms de Maurice Thorez, Louis Aragon, Georges Politzer côtoient ceux de Robert Hue ou de Jean-Christophe Le Duigou et même ceux de Daniel Bensaïd, Olivier Besancenot ou de Marc Lazard. Pour l’anniversaire, les portes sont ouvertes, bien au-delà de la famille et même des amis.
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Voudrait-on brader l’héritage ?
 
Fort heureusement, la plupart des commémorations, un peu dans toute la France, à l’initiative de fédérations, de sections du Parti ont adopté un tout autre parti-pris.
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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 21:27

 

Le développement des luttes actuelles, en particulier pour la défense de nos retraites, met en évidence avec une extrême acuité, la nécessité pour notre peuple, d'avoir à ses côtés, dans ces batailles décisives, un parti révolutionnaire, totalement indépendant, face aux forces de l'argent ou à la social-démocratie.

Ce parti existe, depuis 1920, c'est notre parti, le PCF. L'expérience forgée par notre peuple depuis des décennies de luttes, les traces profondes inscrites par ses militants dans l'histoire sociale de notre pays, ses pages héroïques, continuent d'avoir une résonance profonde, malgré les campagnes sans cesse renouvelées sur le thème de la mort du communisme et/ou de celle du PCF …

Le choix de Tours : plus actuel que jamais !                         17900925_p.jpg

Le peu de place accordée par la direction de notre parti au 90e anniversaire du congrès de Tours, contraste avec la place accordée à d'autres événements. Ainsi, l'an dernier, le 150e anniversaire de la naissance de Jaurès a été largement célébré, notamment par «l'Humanité». Non que la célébration de l'héritage jaurésien soit problématique, en revanche, le choix de la non-célébration du 90e anniversaire de la fondation du PCF fait problème.

Manifestement, certains éprouvent une gêne à évoquer cette rupture historique décisive avec la social-démocratie. Pour certains dirigeants du PCF, les choix effectués à Tours sont sujets à caution, voire rejetés : le clivage historique entre réformistes et révolutionnaires devrait se refermer, certains d'entre eux (on pense ici à Patrice Cohen-Séat) allant même jusqu'à considérer que le choix fait à Tours n'était pas le bon et qu'il serait temps de refermer la parenthèse ouverte alors.

Les tentatives de recomposition politique, sur le dos du PCF, autour en particulier de l'idée du «creuset» portée par Jean-Luc Mélenchon et son «de Gauche» procède elle aussi d'une démarche cherchant à clore la séquence ouverte en décembre 1920.

Raison de plus pour revenir sur cet événement, dont on voit bien que l'interprétation continue de faire l'objet d'un affrontement idéologique.

Dans le cadre de cet article, il ne saurait être question d'aborder l'ensemble du débat, autour du congrès et des 21 conditions d'adhésion à l'Internationale Communiste. Nous nous attacherons à mettre en évidence quelques uns des axes saillants de ce qui a constitué une rupture décisive avec la social-démocratie et les partis «».

Dans le contexte de l'époque, en tenant compte des possibilités révolutionnaires qui existaient alors, dans plusieurs pays d'Europe et notamment en Allemagne, il s'agissait de forger, dans tous les pays, «'avant-garde» politique, un parti communiste, sur le modèle du parti bolchévik, victorieux en octobre 1917 en Russie. C'est le mérite historique de l'Internationale Communiste (IC) d'avoir impulsé et coordonné ce mouvement .

Dans le choix des délégués du congrès de Tours en faveur de l'adhésion, il y a d'abord la haine et le rejet de la guerre, la «épulsion suscitée par la boucherie sans précédent qui avait broyé des millions d'hommes de 1914 à 1918 et dont la responsabilité incombait au capitalisme» . Or, nombre de dirigeants de la SFIO  avaient participé jusqu'au bout aux différents gouvernements «'Union sacrée», tout comme, ailleurs, les dirigeants de la IIe Internationale.

L'attrait et l'enthousiasme vis à vis de la révolution d'octobre, la «ère révolution ouvrière victorieuse», bien réels, viennent dans un second temps. L'idée reste très forte, portée par l'exemple de la «lueur à l'Est», que les luttes sociales peuvent déboucher assez rapidement sur une issue révolutionnaire, comme ailleurs en Europe.

Le PCF naît donc dans une phase marquée par les luttes ouvrières (notamment depuis l'année 1917).

Une étape décisive vers le parti «de type nouveau»

On connait le mot de Lénine, s'adressant au militant syndicaliste révolutionnaire, plus tard dirigeant de la CGTU et du PCF, Gaston Monmousseau, en 1923 : «transformation du vieux type de parti européen parlementaire, réformiste à l'œuvre et légèrement coloré d'une teinte révolutionnaire, en un nouveau type de parti, vraiment communiste, est chose extrêmement difficile. C'est certainement en France que cette difficulté apparaît le plus nettement».

En 1982, Danielle Tartakowsky soulignait combien les 21 conditions d'adhésion à l'Internationale Communiste, qui sont au cœur du débat dans les mois qui précèdent le congrès de Tours, en décembre 1920, donnent finalement une définition théorique du «de type nouveau» 

«parti qui doit transformer les pratiques traditionnelles du mouvement ouvrier (presse, pratique parlementaire, municipale, syndicale et coopérative), développer de nouvelles pratiques de lutte permettant de couvrir l'ensemble des terrains sur lesquels s'organise l'exploitation (colonies, armée, paysans), créer les conditions d'unification de ces luttes en s'organisant selon les principes du centralisme démocratique : élection démocratique des directions par la base puis application par tous des décisions élaborées par ces directions».

Le congrès de Tours n'a pas constitué, du jour au lendemain, un parti «ouvrier». Dans un premier temps, certains cadres restent imprégnés des méthodes de propagande et d'action de la vieille SFIO, sans vraie homogénéité idéologique au départ.

L'IC va donc faire porter ses efforts en particulier sur la formation de cadres issus en particulier de la classe ouvrière et du mouvement syndical.

Une fois surmontés les crises initiales et les départs de certains de ses premiers dirigeants, de jeunes responsables ouvriers, syndicalistes, vont former peu à peu – aux côtés de dirigeants «historiques», tel Marcel Cachin - le noyau dirigeant stable du PCF dès le début des années 30 et pendant des décennies, autour notamment de Maurice Thorez, Benoît Frachon ou Jacques Duclos.

Dans ce processus de formation d'un «de classe et de masse», tel qu'a pu devenir le PCF, à partir du Front Populaire, Tours est donc bien une étape majeure :

- Par la rupture décisive qu'il opère avec le parlementarisme et avec les errements et les terribles compromissions de la SFIO et des sociaux-démocrates durant la période de la guerre et de «'Union sacrée» ;

- Par le maintien dans le giron du Parti grâce à un rapport de forces favorable lors du congrès, de «L'Humanité», qui va être un outil politique décisif pour «'éducation des masses» et la diffusion du marxisme et des idées communistes ;

- Par la place désormais occupée par la classe ouvrière : notre parti a conquis peu à peu une grande influence dans le monde ouvrier, grâce notamment à ses liens étroits avec le mouvement syndical (CGTU puis CGT). De plus, ses dirigeants sont en grand nombre des militants issus de cette même classe ouvrière, constituant une vraie nouveauté et une rupture avec toutes les autres formations politiques dont les dirigeants sont très majoritairement issus de la bourgeoisie (de la petite bourgeoisie aux milieux d'affaires).

- Par la mise en pratique progressive des axes de lutte contenus dans les 21 conditions, notamment par l’internationalisme prolétarien – par exemple, la 8e condition qui concerne l’internationalisme prolétarien : ainsi, dès 1924-1925, avec la lutte contre la guerre du Maroc, ce sont de nouvelles pratiques politiques qui apparaissent dans le mouvement ouvrier, grâce au PCF, irriguant peu à peu les secteurs les plus progressistes de la société française jusqu'à nos jours.

Eric Jalade, secrétaire fédéral du Tarn

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 19:03

Hommage à notre camarade André Prenant

 

PRENANT_ANDRE.jpgAndré Prenant est décédé à l’âge de 84 ans. Ses obsèques ont eu lieu mardi 30 novembre 2010.

Les animateurs de ce site, notamment la section du PCF Paris 15ème, saluent la mémoire de leur camarade.

 

Ces dernières années, nous nous sommes retrouvés ensemble, encore un peu plus.

 

André a fait parti de ceux qui se sont opposés avec force et arguments au processus en cours de mutation-liquidation de notre parti. Adhérent à la section de Jussieu (Paris Vème), il a participé à partir de la fin des années 1990 à « l’appel des 500 » puis des « 700 » communistes parisiens des entreprises et des quartiers pour défendre le PCF à Paris contre la ligne de la gauche plurielle Hue-Gayssot-Buffet. Après la dissolution de la section de Jussieu, il s’était retrouvé littéralement sans carte, sans que cela n’émeuve les directions parisiennes…

André avait su caractériser la « mutation » et le recul démocratique qu’elle a représenté par rapport au centralisme démocratique. La nouvelle organisation était selon lui conçue à deux niveaux : d’un côté, la terre, avec les militants, de l’autre le ciel, avec les dirigeants mutants et, entre les deux, aucune passerelle !

 

D’un abord simple, d’une réflexion toujours enrichissante, André était un camarade qui avait connu bien d’autres combats avec le Parti, dans sa vie.

Très jeune, il s’était retrouvé dans les rangs de la Résistance, organisateur notamment dans la Haute-Saône aux côtés de Pierre Durand. Il avait adhéré au PCF en 1945.

Géographe passionné, spécialiste renommé de l’Algérie, André a participé sans cesse et ardemment au combat anticolonialiste. Il a laissé de nombreux articles et ouvrages qui font référence.

Dans le Parti, il ne s’est jamais laissé taire.

 

Profondément attristés, nous adressons toutes nos condoléances à Michèle, son épouse, à ses enfants et à tous ses proches.  

 

André était le fils de Marcel Prenant, le grand biologiste et dirigeant du Parti, résistant déporté à Neuengamme qui su expliquer l’aberration des thèses de Lyssenko et de Staline contre la génétique.

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 00:29

Décès de Philippe Robrieux : un anticommuniste est mort, nous n’allons pas le pleurer !

 

Les communistes ont des adversaires, des ennemis, notamment parmi les historiens, dont ils savent reconnaître les qualités pour mieux les combattre.

 

Philippe Robrieux, décédé le 1er octobre 2010, n’était pas de ceux-là.

 

A défaut de faire carrière dans le PCF, après avoir été secrétaire de l’Union des étudiants communistes à la fin des années 50 et avoir laissé maints mauvais souvenirs dans sa section du PCF du 15ème arrondissement de Paris, Robrieux a ensuite eu plus de succès dans l’anticommunisme professionnel.

L’idéologie dominante a laissé une place de choix à son « Histoire intérieure du parti communiste » à la fin des 70 qui tombait juste en pleine campagne de dénigrement de Georges Marchais.

 

Dans l’historiographie anticommuniste, Robrieux a développé une pratique : la boue, la collecte de ragots plus douteux et haineux les uns que les autres émanant de toutes les générations de renégats morts ou vivants. Sur ces bases fangeuses, Robrieux s’est exercé, dans un style pesant et déplaisant, à l’art de la psychologie à deux sous.

 

Des milliers de pages de petites histoires mal écrites pour arriver une thèse qui tient qu’il aurait pu se contenté d’écrire en quelques lignes : le PCF et sa direction se sont toujours trompés, ont toujours trompé, toujours trahi, toujours été complices du pire, même dans les heures les plus glorieuses que d’autres que Robrieux n’avaient pas osé calomnier.

Seuls les renégats d’abord ou certains militants, forcément naïfs et égarés, trouvent grâce individuellement dans le drame collectif.

 

Le Figaro rend hommage à cet individu, dans un esprit logique de reconnaissance. On ne voit vraiment pas pourquoi Pierre Laurent se sent obligé de « s’incliner devant sa mémoire », sans parler de Roger Martelli, le nouvel « ex » (autrefois mieux inspiré), qui croit voir une « référence » dans son œuvre.

 

Quant à nous, en connaissance de cause, nous ne pleurerons ni le piètre historien, ni l’anticommuniste aigri. 

 

101004_Robrieux.jpg     

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 10:12

Le choix toujours fécond du Congrès de Tours

 

congres-de-Tours.jpg

Le 29 décembre 1920, la majorité des délégués du Congrès de Tours décident de répondre à l’appel de Lénine et de suivre l’exemple de la Révolution d’Octobre, en adhérant à la IIIème Internationale et en fondant le Parti communiste français.

Les partisans de la lutte des classes et de la révolution socialiste rompaient alors avec les porteurs du réformisme et de la collaboration de classe qui venaient de soutenir la guerre impérialiste. Ils rompaient avec une conception de parti d’élus, s’engageaient dans la construction d’un parti nouveau, de classe, au service du combat pour la justice sociale, la liberté, le socialisme et la paix. 

Ce choix originel a permis l’intervention décisive de notre parti au 20ème siècle dans les grandes conquêtes sociales, dans la résistance, contre le colonialisme etc.

Certains dirigeants actuels du PCF veulent tourner la page. L’URSS n’existe plus. Le PCF est très affaibli. L’heure serait à « faire un congrès de Tours à l’envers » avec tout ou partie de la social-démocratie, de la « gauche ». Libres sont ceux qui le pensent de la rejoindre. Mais les communistes qui se reconnaissent toujours dans la raison d’être de leur parti doivent garder le PCF. Le recul des dernières 20 années est largement dû à la stratégie d’abandon de sa direction. La social-démocratie est égale à elle-même, disqualifiée. Le besoin d’une force politique révolutionnaire organisant la lutte, porteuse d’une alternative au capitalisme, de l’alternative socialiste est plus grand que jamais : c’est le besoin du PCF. Le choix du congrès de Tours de 1920 est toujours fécond !

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 17:53

L’Appel du 10 juillet 1940 de Duclos et Thorez.

 

Le 70ème anniversaire du 10 juillet 1940 est passé pratiquement dans l’indifférence.

 

On aura à peine pu lire quelques lignes ici ou là sur le vote par le Parlement des pleins pouvoirs à Pétain et le vote contre de 80 députés et sénateurs, toujours en oubliant de mentionner que les députés communistes n’ont pas pu voter, déchus illégalement de leur mandat 8 mois auparavant par les artisans de la future défaite.

 

Sur l’Appel du 10 juillet 2010 de Maurice Thorez et Jacques Duclos : rien ! On n’aura rien pu lire dans la grande presse. Quel contraste avec la célébration de l’appel du 18 juin !

A vrai dire, ce n’est pas pour nous surprendre.


Plus inquiétant est également l’absence de tout article dans l’Humanité quotidienne (même dans la « chronique Histoire ») et de tout communiqué émanant de la direction du PCF. Comme si l’une et l’autre s’alignaient sur l’histoire officielle des tenants de l’idéologie dominante voire intégraient les basses attaques contre le PCF en 1940 et préféraient faire silence.

  

L’Appel du 10 juillet 2010 est pourtant un élément d’histoire de la première importance pour le développement de la Résistance en France, grâce au PCF, pour le PCF lui-même. Sa commémoration, son analyse s’imposent.

 

Nous reproduisons ci-dessous un article d’André Moine, paru en 1974, dans les Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez.

Il explique bien le contexte de la rédaction de l’Appel du 10 juillet, sa diffusion de masse, le rôle qu’il a joué dans la préparation puis le développement de la résistance, comment il préfigure, de loin, la Libération nationale et sociale et ses conquêtes. L’Appel s’adresse aux travailleurs, aux masses populaires, à l’intérieur du pays, à cette classe ouvrière qui « seule, dans sa masse aura été fidèle à la France  profanée », selon la formule de Mauriac.  

 

Il émane du parti qui « a été le noyau le plus ferme et le plus clairvoyant du grand combat pour la libération de la France » (André Moine).

 

(L’article d’A. Moine en PDF)

(L’Appel de Duclos et Thorez en PDF)

 

 

Un appel historique à l’union : 10 juillet 1940

 

Par André Moine (Les Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n°10, 1974)

 

Début juillet 1940 : nous sommes au cœur d’une véritable dislocation nationale ; en juin, 6 millions de Français sont dispersés sur les routes, mitraillés par les aviations allemande et italienne. Quand les longues files de l’exode s’arrêtent, c’est pour se rendre compte de la dispersion des familles et de l’ignorance du sort de deux millions de prisonniers. L’armée est disloquée, et c’est pour beaucoup une dure et inexplicable surprise. Les institutions du pays sont en grande partie mises dans l’impossibilité de fonctionner et toutes les formations sociales et politiques légales sont divisées, désemparées. La confusion est partout. Et puis, d’abord, il faut vivre, dans une confrontation parfois tragique avec le retour d’exode, le ravitaillement, le travail, la recherche des disparus…

La défaite écrase les esprits : la stratégie des généraux français, vainqueurs 25 ans plus tôt, a été bousculée ; les places fortes « imprenables », la ligne Maginot rendues inutiles ; le matériel de guerre apparemment surclassé ; et, par-dessus tout, la pagaille, l’incapacité, les ordres en qui se flaire la trahison.

Les Allemands, qui occupent déjà une partie de l’Europe, s’installent sur près des deux tiers du pays, provoquant un choc psychologique, une crainte indécise, un problème imprévu, dont on ne discerne pas encore les contours.

C’est dire que les perspectives nationales sont bouchées, ou plutôt qu’elles s’ouvrent, comme le note R. Paxton, sur une volonté massive de paix chez les civils et chez les militaires.

Or la défaite n’était pas le fruit du hasard, de circonstances imprévisibles, pas plus que d’une simple supériorité militaire allemande. Elle était la conséquence logique d’une politique menée depuis 1938, qui tournait le dos à l’intérêt national.

La grande bourgeoisie française, profondément effrayée par le mouvement du Front populaire en France et en Espagne, fit tout pour arrêter cet élan des masses, y compris en cherchant ses appuis à Berlin. Les dirigeants français revinrent dès cette époque à leur politique des années 1918/1920 qui visait à détruire militairement l’Union Soviétique considérée comme le cœur du mouvement ouvrier, mais cette fois avec un nouvel instrument : Hitler. Répression antidémocratique, antisoviétisme, recherche d’appuis avec l’Allemagne nazie allaient de pair. La classe dirigeante ne prépara pas la guerre et elle accepta la défaite comme le moyen d’asseoir plus sûrement sa domination.

Entré au ministère comme vice-président du Conseil, signant l’armistice après l’avoir appelé de ses vœux, Pétain assassina la République le 10 juillet 1940, se faisant octroyer les pleins pouvoirs par un Parlement d’où sont exclus les communistes depuis huit mois. Seuls quatre-vingts parlementaires ne participent pas à ce coup de grâce.

Le diplomate américain à Paris, Biddle, témoigne : « Le Maréchal Pétain avait été choisi comme chef du gouvernement parce qu’il passait pour le seul homme qui put amener le peuple à accepter des conditions d’armistice que l’on prévoyait rigoureuses et qui put en même temps empêcher une révolution ».

En fait, la défaite permet de parachever la victoire des forces réactionnaires et antinationales. Pétain, après avoir « fait don de sa personne à la France », fait don de la France à l’Allemagne, qui va commencer une politique de pillage des richesses françaises.

Cependant, cette politique se couvre d’un rideau « national » et « socialiste ». Le partage des tâches, nécessaire, entre le gouvernement de Vichy et les représentants nazis à Paris n’est pas toujours facile.

Pétain tire, à sa façon, les leçons de la défaite, en culpabilisant les Français : « l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice… On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur » (21 juin). Il faut donc, d’après lui, se soumettre aux conséquences de la défaite. Pétain n’hésite pas à parler de régime nouveau, de « Révolution nationale » et à développer, dès 1940, des thèmes anticapitalistes, nationalistes ; il se fera, à ce moment, procureur contre les « responsables de la déroute ». S’appuyant sur la défaite et sur la crise sociale, usant des pouvoirs qu’il a reçus et de son prestige, Pétain préside à une puissante campagne pour dévoyer l’opinion.

L’occupant, lui, fait patte de velours ; c’est le temps de l’offensive du sourire et des manœuvres pour gagner le cœur et la pensée des Français.

Certes, la présence du drapeau à croix gammée porte un coup aux sentiments des patriotes et des antifascistes. Mais les soldats allemands sont corrects, les autorités allemandes aident la population à se réinstaller, elles libèrent des prisonniers politiques, et vont jusqu’à laisser entendre que le Parti communiste français pourrait accepter une telle politique. Les nazis s’efforcent de faire faire le travail répressif, la sale besogne, par les hommes de Vichy.

On conçoit que, dans de telles conditions, l’obscurité, la confusion, les interrogations et les doutes dominent les pensées. Si les perspectives d’avenir ne se discernent pas, les dangers sont bien réels d’une perversion des esprits, tout du moins d’une résignation générale.

Il importe de ne pas oublier, ni de sous-estimer la conscience nationale et la volonté de résistance d’une petite minorité : officiers, soldats qui refusent de capituler devant l’armistice, civils qui mesurent le drame et se rangent dans l’opposition, rares hommes politiques. Puis, le Parti communiste français se dresse contre le nouveau régime et l’occupation. Mais, il faut bien dire qu’en juillet, tous ceux-là sont à contre-courant et leur mérite peut en être d’autant souligné. Leur attitude laisse seulement percevoir ce qu’il aurait été possible de faire avec une autre politique, et en fait, ce que deviendra la Résistance.

D’autant plus qu’on ne saurait méconnaître les racines de la naissance et du développement de la Résistance. D’une part, elles se frayaient un chemin à travers certaines volontés de redressement, qui se reflètent même en mai 1940, jusque parmi des ministres, et se traduisent notamment par des tentatives d’ouvertures en direction de l’URSS.

D’autre part et surtout, elles se sont nourries des actes d’un parti, le Parti communiste français. En mai, à plusieurs reprises, dans l’Humanité clandestine, il trace l’ébauche d’une politique de défense nationale avec des propositions claires tendant à transformer le caractère de la guerre : chasser les banqueroutiers, libérer les emprisonnés et les internés, réintégrer les élus du peuple, rétablir les libertés démocratiques et les lois sociales ; constituer un gouvernement de paix s’appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures immédiates contre la réaction et s’entendant avec l’URSS pour rétablir la paix générale.

Un mot d’ordre est partout répété : imposer la paix dans la sécurité et l’indépendance nationale.

On sait que le 6 juin, le Parti communiste, par l’intermédiaire de G. Politzer, transmettait au gouvernement des propositions de mesures concrètes de mobilisation populaire pour la défense de Paris.

Ainsi, le Parti communiste français s’efforçait, dès ce moment, de poser des jalons pour l’avenir et de dégager les bases d’une action capable de s’opposer aux conséquences de la capitulation.

L’appel du 10 juillet est inséparable de cette situation historique concrète comme des prémices politiques qui l’enracinent.

 

LES CIRCONSTANCES DE L’ELABORATION ET DE LA DIFFUSION DE L’APPEL

 

Si l’on se reporte aux Mémoires de Jacques Duclos, c’est le 5 juillet, à l’annonce de la réunion de l’Assemblée des deux chambres, que fut décidé l’appel au peuple de France.

Deux documents nous confirment que l’élaboration de l’appel date bien de la première décade de juillet : un numéro 60 de l’Humanité clandestine du 7 juillet et un deuxième numéro 60 sans date, mais dont la rédaction permet de le situer, en tout cas, avant le 10 juillet. Ces numéros contiennent un « Appel au peuple de France » signé de M. Thorez et de J. Duclos. Très court, on y retrouve des formules identiques ou analogues, de mêmes mots d’ordre, la même idée centrale du front de la liberté, du travail, de l’indépendance de la France.

C’est une ébauche, une préfiguration de l’Appel du 10 juillet.

Cependant, le texte donné aux imprimeurs Tirand et Le Marrec ne sera pas tiré sans difficulté. D’après Jean Jérôme, qui servit d’intermédiaire, une première composition, trop longue pour le papier disponible, dut être refaite après une recherche de caractères plus petits…

Ce contre-temps permit à J. Duclos de revoir le texte et de l’actualiser ; finalement, l’appel commença à être tiré, sur deux machines, à des centaines de milliers d’exemplaires, vraisemblablement au plus tard dès la dernière décade de juillet.

Du fait de la publication massive de l’appel sous forme de tracts, l’Humanité clandestine centrale, à Paris, ne le reproduit pas et se contenta d’y faire référence en appelant à le lire et à le diffuser. Par contre, il est reproduit dans les numéros de l’Humanité clandestine de la zone non occupée, dès août 1940.

C’est ainsi que l’appel du 10 juillet fut diffusé dans toute la France durant, au moins, tout le dernier semestre de 1940. Il constitua, non seulement un élément psychologique important, mais il servit effectivement de guide pour des milliers de militants plongés au plus noir de la clandestinité.

Son impact, sa valeur politique, son rôle de témoignage historique ne sont disparus après la Libération. Il a subi avec succès l’épreuve du temps : des extraits, des citations ont été repris dans ne nombreux ouvrages. On retrouve intégralement le texte de l’appel notamment dans le tome XIX des œuvres de M. Thorez, édité en 1959, ainsi que dans le tome II des Œuvres choisies, publié en 1966.

L’appréciation correcte d’un texte ne peut se faire que si l’on prend en considération la situation du moment.

Nous avons rappelé plus haut quelques traits de cette situation en juillet 1940. Cela ne saurait suffire. Il faut encore saisir les conditions « internes » dans lesquelles il a été rédigé.

D’abord, celle de la clandestinité totale, sans appui de masse, sous une pression considérable : 90 arrestations, 9 organisations détruites entre le 1er et 7 juillet, rien que dans la région parisienne.

Les hommes qui rédigent l’appel sont en partie isolés, ne disposent que des informations officielles et de bien rares informations de leurs « contacts ». Il a fallu beaucoup de mérite et de lucidité pour ne pas se tromper sur l’essentiel dans ces conditions.

De plus, il fallait tenir compte de l’appréciation sur le caractère de la guerre formulée par l’Internationale Communiste, à laquelle appartenait le Parti communiste français. On sait que l’IC avait analysé la guerre de 1939-1940 comme une guerre uniquement et globalement impérialiste, sans tenir compte des situations particulières où se trouvèrent placés différents pays. Même si elle ne correspondait pas à sa politique effective, cette appréciation est reprise par le Parti communiste français, et se traduit, dans l’Humanité par exemple, par des formulations inadaptées, en décalage avec d’autres.

Cette analyse pèse visiblement sur l’appel. D’autant plus que l’heure n’est pas à la manifestation de divergences qui risqueraient d’ajouter à la confusion générale. Ainsi, la dénonciation du capitalisme d’une manière générale, en bloc, manque sans doute de nuances ; l’insistance sur la volonté de paix des communistes en 1939-1940, si elle est opportune et justifiée, ne peut-elle pas apparaître à tort comme estompant les responsabilités profondes du nazisme ?

D’autres formulations, qui, aujourd’hui, peuvent paraître à première vue des erreurs grossières, doivent être appréciées, elles aussi, dans la réalité précise des circonstances pour les situer à leur juste niveau ; elles doivent faire l’objet d’un examen parfois très fin. Ainsi, « la réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique » voilait certes la distinction à faire, dès ce moment, avec l’impérialisme allemand. Mais, d’une part, n’avait-elle pas un fondement, après le rôle néfaste joué en 1938-1939 par l’impérialisme britannique, après son projet d’union asservissante en 1940, et après le bombardement de Mers-el-Kébir ? De Gaulle n’a-t-il pas été obligé par la suite de résister, parfois durement, aux pressions constantes des autorités britanniques dont les buts de guerre n’ont jamais été séparés d’intérêts impérialistes ?

D’autre part, il convient de remarquer que cette réprobation se présente dans le texte de M. Thorez et de J. Duclos comme un rappel du passé : « Le peuple de France… a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique et il saura signifier aussi à la bande actuelle au pouvoir sa volonté d’être libre ». La nuance ne saurait être négligée : elle est, au contraire, très significative de l’orientation générale qui guida le rédacteur.

Mettons donc chaque chose à sa place : les appréciations déformantes, les formulations discutables, inadaptées doivent, elles aussi, être replacées dans l’ensemble du texte et situées dans toute la politique patriotique pratiquée par le PCF durant cette période. La ligne générale doit être dégagée et replacée dans la globalité de la pratique politique.

 

LE CONTENU FONDAMENTAL

 

L’Appel répond aux interrogations pressantes des masses populaires

 

Ces interrogations concernent les raisons de la situation créée et les responsabilités. L’Appel les dévoile.

« La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont conduit les politiciens à la Daladier… soutenus par un Parlement de valets et de corrompus. » L’Appel insiste sur la « trahison des classes possédantes » en évoquant les « Bazaines de 1940 », Thiers et l’Assemblée de Versailles. Il dénonce « les gouvernants français qui n’ont pas voulu la paix, ne se sont pas préparés à la guerre et ont sciemment organisé la trahison ».

Pareillement, il met au pilori les affairistes les profiteurs de guerre, la « dictature des forbans » qu’il oppose à la misère sans nom des blessés, des malades, des chômeurs, et des victimes de la répression.

En parallèle, il invoque l’attitude des communistes qui « seuls… ont lutté contre la guerre » et que l’on a frappés parce que défenseurs du peuple, sous le prétexte d’avoir réclamé un débat sur la paix au Parlement.

L’Appel, par ses explications, révèle une de ses premières qualités : il reflète la situation concrète, la pensée populaire. Non pour la suivre, mais pour l’éclairer.

Il est né dans la souffrance du moment et l’exprime intensément, non à la manière de Pétain pour justifier les abdications, mais au contraire, pour en dévoiler les causes réelles, accuser les responsables, et appeler au refus.

Pour l’organisation et le développement futur de la Résistance, il fallait que ces choses soient dites, et seul, le Parti communiste pouvait le faire pleinement.

Les revendications proposées, les mots d’ordre revendicatifs formulés tendent à regrouper les travailleurs pour leur propre défense. Ils répondent aussi à une exigence politique du moment : démasquer la démagogie pétainiste et nazie, faire pièce aux illusions semées par les thèmes de la « Révolution nationale ».

La perspective avancée d’un « gouvernement de la renaissance française composé d’hommes courageux et honnêtes, de travailleurs manuels et intellectuels… », souligne qu’il n’y a rien à attendre d’un « gouvernement de honte », d’affairistes et de politiciens tarés. Elle s’inscrit dans la grande idée qui traverse le document : c’est dans le peuple que se trouvent les forces de rénovation et de libération.

 

L’Appel indique où sont les forces nationales, l’espoir de la France

 

Les élites ont trahi ; Pétain abdique. La France est isolée, en partie occupée. Beaucoup, comme l’antimunichois de l’Aude, Georges Hourdin, doutant de tout, estiment que le pays « était devenu définitivement une petite nation ».

 

Que faire donc ? Vers qui se tourner ?

L’Appel de M. Thorez et de J. Duclos réplique à ces attitudes, répond à ces questions ; il indique le sens d’une recherche, donne une perspective, dégage une nouvelle confiance. Cela était capital.

Il le fait par son existence même qui affirme que dans la tempête subsiste, comme un roc, une grande force politique, point de ralliement des courages dispersés. Dans les mois qui suivent, il sera une arme précieuse, matérielle et politique, pour le regroupement et le redressement du Parti, premier noyau nationalement organisé de la Résistance.

Il le fait par des phrases incisives : « C’est dans le peuple que résidente les grands espoirs de libération nationale et sociale… C’est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse… »

Il s’agit d’une appréciation fondamentale, d’une portée historique, qui plonge dans le passé et va au-delà des circonstances. Là encore, seul, le Parti communiste pouvait la saisir, non pas par une sorte de divination, ou en raison d’une « mission » à remplir, mais du fait de son enracinement dans les masses populaires, de la rigueur, même relative, de ses analyses et de la pratique politique invariablement nationale élaborée depuis une dizaine d’années sous la conduite de M. Thorez.

Avec les batailles antifascistes, le Front populaire, les luttes pour une « France forte, libre et heureuse », l’opposition à la trahison de Munich, la classe ouvrière s’élève aux responsabilités nationales, elle devient l’élément déterminant de la nation, le meilleur catalyseur des forces populaires et patriotiques. En 1940, c’est elle qui pouvait et devait, avec son parti d’avant-garde, relever le drapeau de l’indépendance nationale. L’appel du 10 juillet est la suite logique des propositions du 6 juin pour la défense de Paris. On sait que F. Mauriac fera, plus tard, le constat lucide du rôle national de la classe ouvrière.

Enfin le texte rappelle qu’il existe un pays, l’URSS, qui peut aider la France à reconquérir son indépendance. Il ouvre, dans ce domaine, l’espoir d’un appui international.

 

Résistance dans le mot ou préparation réelle ?

 

En juillet 1940, il ne pouvait être question, en France, de résistance au plein sens du terme. La résistance militaire était brisée ; la résistance politique devait prendre corps, d’abord en démasquant Pétain. Lorsqu’une grève ouvrière est complètement battue dans une entreprise, le syndicat liquidé, les militants révoqués et le syndicat patronal triomphant, il n’est plus question de grève, mais d’un log et difficile travail d’explications, de clarifications, voire d’organisation clandestine. C’était, sur le terrain national, la situation de juillet 1940.

De Gaulle, à Londres, le percevait bien, qui appelait au regroupement en Grande-Bretagne et dans l’Empire. « Nous sommes submergés par les forces ennemies… La France n’est pas seule ! Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique » (appel du 18 juin). « Je parle avant tout pour l’Afrique du Nord française » (appel du 19 juin). Le 26 du même mois, son mémorandum à Churchill préconise la formation d’un Comité national français pour organiser les résistances qui « se révèleraient dans l’Empire, et, peut-être, dans la métropole ».

Cette attitude de de Gaulle se comprend d’autant mieux que ses positions de classe ne l’amène pas à regarder vers le peuple.

Le texte du 10 juillet, rédigé à Paris, au cœur du drame, ne pouvait évidemment pas être un appel direct à la Résistance. Il était l’énoncé concret de sa préparation. Il en définissait déjà les trois grandes composantes : l’indépendance nationale, l’action populaire, l’union de tous les patriotes.

Certes, l’Appel part en quelque sorte de la situation matérielle des Français ; il détermine avec précision un certain nombre de revendications : le travail, l’aide aux démobilisés, aux victimes de la guerre, aux paysans qui ont perdu leur récolte, le rétablissement des libertés, le droit de parution de la presse démocratique…

Mais en quoi cela est-il contradictoire avec la lutte nationale ? La liaison entre ces deux objectifs de lutte n’est-elle pas, au contraire, une condition de sensibilisation et, ensuite, de mobilisation des masses ? Comment regrouper, non plus quelques personnes d’élite, mais de larges secteurs de l’opinion, les engager à une action immédiatement possible et encourageante à partit des plus petits faits sensibles, qui rendra confiance aux larges masses ? Que l’accent, à tort ou à raison, soit mis sur tel aspect ou tel autre, on peut en discuter. Cela ne change en rien au fond.

En juillet-août 1944, dans une situation et un rapport de forces complètement modifiés, l’Humanité clandestine, qui appelle à la préparation directe de l’insurrection, n’en néglige pas pour autant la lutte revendicative. Le numéro du 4 août 1944, en première page, titre : « La lutte pour le pain inséparable de la lutte pour la délivrance de la patrie ».

En vérité, en ce domaine, l’Appel reflète un solide réalisme et un grand sens politique ancrés dans les luttes sociales et politiques précédentes ; il exprime aussi une orientation profonde : faire confiance, et s’appuyer sur l’action du peuple français.

 

4) Une trame globale ; l’Union pour l’Indépendance nationale. 

 

Le soubassement de l’Appel et de tous les fils qui s’en dégagent jusqu’aux mots d’ordre finaux s’articule autour des deux thèmes de l’union et de l’indépendance nationale, toujours liés à l’action populaire.

Ce n’est pas un hasard si la première phrase est pour dénoncer les responsables de la guerre, de la défaite et de l’occupation. Il est bien précisé par la suite qu’il s’agit « de l’occupation par l’armée allemande aux frais de la France ». Que de ce fait, « le peuple de France connaît l’humiliation de cette occupation et ne sent pas chez lui ».

Le ton n’est pas seulement à une constatation, mais à l’opposition : « la France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé… il faut que la France soit aux Français… La France veut vivre libre et indépendante… La France doit se relever en tant que grand pays avec son industrie et son agriculture… Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves… il n’y a de paix que dans l’indépendance des peuples… ».

Le fait qu’on trouve une douzaine de fois le mot indépendance dans l’Appel (« indépendance complète et réelle ») n’a-t-il pas une signification dans un pays occupé ? Et peut-on négliger l’invitation à la constitution d’une « Front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France », qui n’apparaît en aucun cas comme un mot d’ordre plaqué mais qui s’insère dans tout le texte ?

A moins que les mots ne perdent leur sens, il nous emble que tout cela est, globalement sans équivoque.

 

En fait, un souffle patriotique incontestable anime l’Appel. On y sent l’indignation et la colère vengeresse contre la trahison.

Ici, les auteurs assument les traditions patriotiques des jacobins, des communards, des antimunichois, d’un patriotisme populaire contre les fossoyeurs de la patrie et contre l’occupation étrangère.

L’Appel fond en quelque sorte la revendication à la libération nationale avec celle de la libération sociale sous-tendant les réclamations immédiates au pain et à la liberté. Ce faisant, il ne réduit pas le patriotisme, il lui donne, au contraire, toute sa force – un patriotisme qui n’est pas inspiré par les seules circonstances, ou par les intérêts occasionnels d’une caste, d’une minorité, ou qui risque d’être un jour perturbé ou limité par eux, mais qui s’enracine et prend sa vigueur dans le peuple tout entier. En ce sens, comme en 1792, il est pleinement national. Et cela le différencie profondément de l’Appel de de Gaulle.

C’est à cette conception et à cette pratique de la lutte contre l’occupant et contre Vichy que se rallieront les résistants en 1944, avec l’adoption du Programme du CNR, où se fondent l’appel à la libération nationale et l’énoncé de mesures de libérations sociales. Ce sont les fondements d’une union large et durable qu’on trouve donc déjà dans l’Appel de juillet.

 

L’appel à l’action

 

 Enfin, le texte n’est pas une proclamation généreuse vide de sens pratique. Il est un appel à l’action. Une action qui se discerne encore mal, dont les conditions devront mûrir pour être formulées avec précisions et qui aussi pourra devenir largement mobilisatrice ; une action dont les mots d’ordre évolueront sans cesse, jusqu’à celui de l’insurrection nationale, lorsque les conditions seront données. Pour l’heure, en juillet 1940, on conçoit que les mots d’ordre très généraux comme : « à bas le capitalisme générateur de misère et de guerre » en côtoient d’autres très immédiats et très précis comme celui de remettre la France au travail ou celui des Comités de solidarité et d’entraide, des comités de chômeurs, des comités d’entreprise. Et les communistes sont appelés à jouer leur rôle de défenseurs du peuple. Dans la misère générale, ils doivent être les initiateurs de la solidarité et de l’entraide, les animateurs d’actions, même élémentaires qui montreront aux masses que leur salut est entre leurs propres mains, dans l’action.

La politique, dit-on, est l’art du possible. Visant loin avec l’union et l’action de tous les Français, avec la libération de la France, l’Appel s’incruste dans le possible immédiat, s’accroche à tout ce qui va permettre de faire un pas en avant, de donner une nouvelle confiance, d’éclairer le chemin.

Nous trouvons ici un autre trait important de l’Appel, éminemment réaliste quant aux conditions objectives du moment : Il fait, en même temps, confiance au peuple. Sa confiance en l’avenir ne se place pas particulièrement dans une avant-garde de l’armée, dans une élite politique, dans une libération venant de l’extérieur et hypothéquant l’indépendance ultérieure ; elle se situe essentiellement dans la masse des Français eux-mêmes. Ce sont eux qu’il appelle à l’action, ce sont eux qui, dans les combats, doivent trouver les chemins de leur union ; ce sont eux qui donneront toute sa force à la résistance et permettront à la France de reconquérir toute sa place dans le monde. En ce sens aussi, l’Appel est pleinement national, patriotique.

 

QUELQUES REFLEXIONS

 

L’examen du document du 10 juillet 1940, écrit à l’aube du mouvement complexe de la Résistance en plein sens du terme, appelle à réflexions : sur la Résistance elle-même, sur la place et le rôle du Parti communiste français ainsi que sur les possibilités de l’union du peuple de France et les chemins que prospecte aujourd’hui le mouvement populaire.

Il est significatif qu’en juin juillet 1940, deux conceptions se firent jour, non pas opposées mais distinctes, différentes.

De Gaulle, à Londres, en militaire issu d’un milieu de la bourgeoisie, ne conçoit la résistance que militaire, comme la simple poursuite de la guerre, et, en raison des circonstances, s’organisant à l’extérieur, comme force faisant bloc avec l’armée anglaise, éventuellement avec l’appui des forces qui pourraient surgir sur le sol national.

Le Parti communiste français, enraciné dans le peuple, envisage la résistance comme un mouvement populaire, de masse, essentiellement en France même, trouvant son dynamisme dans les initiatives de masses, dans l’action. Cette conception incluait nécessairement une lutte diversifiée, multiforme : Revendicative, politique, idéologique, militaire. Elle comportait nécessairement une politique d’union patriotique donnant au mouvement un contenu non fractionné, pleinement national. Cette politique s’inspirait du patriotisme populaire né avec 1789 ;  seul un parti ancré dans les masses et ayant une pratique politique liée à leurs luttes pouvait la concevoir et la promouvoir.

L’expérience a apporté la vérification de ces idées : après un long cheminement, le sommet de la Résistance, l’insurrection nationale n’est possible que lorsque les masses les plus larges en acceptent l’idée, soutiennent les combattants armés, participent à la lutte par les sabotages, les grèves, les manifestations dans un combat unifié par des organisations comme celles formant le CNR.

Et c’est seulement ce combat qui a permis à la France de retrouver, en août 1944, son indépendance, malgré les projets américains.

Il nous semble à ce propos intéressant de noter que de Gaulle a été sensible aux réalités, qu’il n’est pas resté figé sur ses positions de départ et qu’il a su proclamer que la libération nationale était inséparable de l’insurrection nationale.

L’union de la Résistance a été extrêmement large, regroupant des couches sociales différentes, les familles politiques et idéologiques les plus diverses. Or, cette union s’est réalisée autour de l’intérêt national qui s’est révélé indissociable des besoins et des aspirations populaires (programme du CNR).

C’est ce développement qui était contenu dans la vision de l’Appel du 10 juillet ; on peut affirmer du reste qu’il s’agit d’une conception fondamentale dont la valeur ne s’est pas atténuée aujourd’hui.

Une autre réflexion peut porter sur la formation et le développement de la résistance dont on a, trop souvent, une vue statique, déformante.

De juin à octobre 1940, surgissent des éléments spontanés de résistance : refus de la capitulation, de l’occupation, haine de l’envahisseur, opposition au régime autocratique de Vichy, constitution de petits groupes de propagande et d’action… Dans certaines régions, comme le Nord, l’Appel de de Gaulle n’est pas sans impact. Les communistes, dispersés, s’engagent dans la lutte sur tous les terrains, dans toute la France…

Il y a des résistants, il n’y a pas encore de Résistance. Il manque, pour la masse des Français susceptibles d’agir, les liaisons, la coordination, l’organisation à l’échelle de la nation. Il manque surtout, des perspectives et une plate-forme nationale d’union et d’action, une stratégie mobilisatrice.

Ce n’est que lentement, dans les drames et les épreuves, que se formera et se forgera le mouvement de la Résistance. On pourrait en situer les étapes depuis les premiers contacts entre communistes et « gaullistes » au début de 1941, la constitution du Front national pendant l’été de la même année, du CNR en 1943, l’élaboration de son programme en mai 1944, puis, parallèlement, à Londres et à Alger, la formation du Comité français de libération nationale, puis du gouvernement provisoire de la République française.

Cette longue gestation, ce mûrissement au fil des ans ne peut être isolé de la vision définitive qu’on peut avoir à partir de 1944. Ce mûrissement s’alimente dans le mouvement spontané de résistance qui se développe – par exemple avec l’opposition au STO. Mais il n’est possible que parce qu’il est fécondé, orienté, impulsé et structuré par les organismes dirigeants dont la propre conscience s’élève sans cesse dans l’expérience, dans les débats et les luttes politiques et idéologiques.

Dans cette évolution constructive, l’Appel du 10 juillet apparaît comme un élément précurseur qui apporte la conscience la plus vaste et la plus claire des problèmes, à l’échelle de la nation, des masses populaires.

Ainsi orienté, le Parti communiste français sera la première organisation nationale de résistance, nationale par son rayonnement sur tout le pays, nationale par le contenu de sa politique. Il pratiquera en effet une politique audacieuse d’union et de combat, marquée par ses initiatives comme l’appel à la constitution du Front national, la formation des FTP et ses mots d’ordre unificateurs comme « S’unir, s’armer, se battre ». Dans ce sens, il mènera une lutte permanente contre l’attentisme, reflet persistant d’une conception étriquée de la résistance. La presse du Parti, en particulier l’Humanité clandestine, dont la parution sera ininterrompue, jouera un rôle sans équivalent.

Avec le recul du temps qui permet de mieux saisir la globalité des problèmes et des événements, il ne nous semble pas présomptueux de dire que le Parti communiste français, porteur de grandes initiatives, s’il n’a pas été le seul mouvement de résistants – loin de nous cette idée – a été le noyau le plus ferme et le plus clairvoyant du grand combat pour la libération de la France.

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 11:07

 

henri-martin.jpg"Portrait d'un militant de Pantin - Henri Martin et la lutte contre la guerre d'Indochine"
Projection du film de Raymond Mourlon
mercredi 26 mai à 18 h 30 à l'auditorium de l’Hôtel de ville de Paris
(5, rue Lobeau, 4e - métro Hôtel de Ville),
suivie d'un débat en présence d’Henri Martin, de l’historien Alain Ruscio et du réalisateur.
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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 22:37

Le musée de l’Histoire vivante de Montreuil créé notamment par Jacques Duclos va-t-il devenir le « musée de la gauche » ?

 

Il y a peu, communistes et cégétistes s’insurgeaient contre la décision de Dominique Voynet, maire « verte » de Montreuil (élue grâce aux voix de la droite) de débaptiser l’esplanade Benoît Frachon.

Aujourd’hui, on ne peut être que troublé d’entendre cette anticommuniste revendiquée se réjouir de contribuer à la transformation du Musée de l’Histoire vivante de Montreuil en « un établissement d’une autre ampleur » (Le Parisien – édition de Seine-Saint-Denis daté du 14 avril 2010 – source des autres citations).

 

musee_histoire.jpgLe musée a été créé en 1939 par le PCF, sous l’impulsion des camarades Jacques Duclos, Fernand Soupé et Daniel Renoult, à l’occasion du Cent cinquantenaire de la Révolution française. Sa conception est alors tournée vers le présent : l’histoire des luttes sociales doit aider les luttes actuelles. C’est une conception de « l’histoire en mouvement », de « l’histoire vivante » comme le musée en prend le nom en 1958. Naturellement, l’histoire du PCF tient une place importante dans les expositions. Le musée est passé détenteur d’archives communistes inestimables comme le fonds Jacques Duclos. Au fil des décennies, il intègre les événements nouveaux, Résistance, luttes anticoloniales… Il évolue notamment sous la direction du camarade Daniel Tamanini, ancien déporté résistant, décédé en 2001.

Depuis les années 90, les responsables prétendent livrer au public une « histoire engagée mais indépendante d’objectifs politiques ».

 

On s’achemine vers une rupture politique autrement plus profonde et définitive, avec le PCF et la conception originelle du musée.

Il est maintenant question de remplacer le musée de l’Histoire vivante par un « musée national du mouvement ouvrier ». Ce ne sera pas qu’un déménagement. Le musée actuel fermera. Un autre ouvrira qui récupérera, entre autres, ses fonds, sa documentation.

L’inspiration politique du projet de futur musée est donnée par l’unisson des « syndicats, partis, fondations, collectivités territoriales et de l’Etat » pour s’y inscrire. La fondation politique du PS notamment compte y occuper une grande place.

 

La direction du PCF semble se satisfaire de passer la main. Peut-être quelques historiens sont éblouis par la perspective de nouveaux moyens financiers. Mais ces moyens octroyés ne seront pas sans contrepartie.

Brigitte Dionnet, membre du Comité exécutif national du PCF, déclare : « ce musée ne devra pas être partisan mais scientifique ». La preuve qu’elle ne comprend rien à l’Histoire ou rien à l’engagement communiste, ou rien aux deux.

La direction du PCF, incapable d’assumer politiquement l’héritage de notre parti ou soucieuse de le liquider, livre maintenant le Musée de l’Histoire vivante de Montreuil.

Assez ! La dilution dans la gauche n’est pas la voie unique ! La théorie, l’organisation, l’histoire du PCF, les luttes qui doivent être les siennes ont besoin d’un travail historique communiste, ouvert mais communiste.

Refusons que l’on passe de l’Histoire vivante au service des luttes à l’Histoire figée, commémorative, du mouvement ouvrier au service de la légitimation de la « gauche » de résignation !

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 08:46

Une plaque commémorative apposée à Paris en souvenir de Rosa Luxembourg

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Lundi 8 mars 2010 a été inaugurée une plaque au 21 de la rue Feutrier dans le 18ème arrondissement en souvenir de la révolutionnaire socialiste Rosa Luxembourg. Elle y vécut quelques mois en 1894 lors de son exil.

 

On fera abstraction de l’œcuménisme mémoriel de la municipalité de Paris qui s’étend jusqu’à Jean-Paul II et maintenant Ben Gourion mais s’arrête encore aux noms de Robespierre et Yasser Arafat. On oubliera aussi que la Mairie du 18ème fête Rosa Luxembourg en même temps que Dalida pour la Journée de la femme.

 

On retiendra qu’une plaque porte désormais le nom à Paris de la théoricienne et de la dirigeante socialiste qui anima avec Karl Liebknecht ou Clara Zetkin la Ligue spartakiste avant de fonder avec eux en décembre 1918 le Parti communiste d’Allemagne (KPD).

 

On oubliera pas que Rosa Luxemburg et Karl Leibknecht furent sauvagement assassinés le 15 janvier 1919 par les « Corps francs » sur ordre du ministre social-démocrate Noske.

 

Voir sur ce site :

Relire Rosa Luxemburg

12 Janvier 2008 : Les néonazis tentent de perturber la manifestation en l'honneur de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

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