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36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
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  •  André GERIN
  • Maire de Vénissieux
  • Député du Rhône
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                • à  Monsieur Stéphane AURIOL

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  • Le 30 mai 2008

 

Cher Stéphane,

 

Merci pour ta longue lettre sérieusement argumentée. Une précision, tout d’abord, afin d’éviter les malentendus : le journaliste du Nouvel économiste a fait très correctement son travail et n’a ni trahi ni déformé mes propos. Au demeurant j’exprime dans cet article des idées que j’ai longuement développées dans mon livre « Et si le capitalisme avait fait son temps », publié en 2004.

 

Je prends ton courrier comme l’expression de divergences de vues qui n’ont rien de choquantes entre communistes. C’est au contraire une invitation à la discussion. En fait, ta lettre me donne envie d’actualiser mon livre, de reformuler certaines questions afin d’être plus précis et en phase avec les questionnements actuels. Je suis également prêt à te rencontrer avec d’autres camarades si tu le souhaites.

 

Il n’y a pas de bon et de mauvais capitalisme, écris-tu. Je suis entièrement d’accord avec toi. Le capitalisme n’est pas une entité morale, mais un mode de production. Il revient à Marx d’avoir dépassé le seul cadre des jugements de valeur sur ce système pour en démonter les rouages et découvrir les lois de développement. Nous pouvons vérifier tous les jours la pertinence de ses analyses, notamment à propos de la baisse tendancielle du taux de profit et les moyens que le capital met en œuvre pour la contrecarrer.

 

Sans aller vers un grand exposé théorique, rappelons-nous ceci : le capitalisme, à la fois, généralise l’exploitation de la force de travail et s’efforce d’étendre l’activité marchande à toutes les sphères de la vie et, à la fois, stimule de façon fantastique le développement des forces productives. Mais la contradiction qui se trouve en son cœur et qui est son moteur l’amène, en même temps, à construire et détruire, à enrichir et appauvrir, à libérer et aliéner. Le capitalisme a fait faire à l’humanité un bon en avant fantastique tout en provoquant les plus terribles tragédies. Il a structuré comme jamais les sociétés et les Etats, tout en se développant de façon totalement anarchique.

 

L’émergence de la sphère financière n’a pas changé la nature du capitalisme mais exacerbé ses contradictions. Au point que dans les pays développés il détruit plus qu’il ne construit. Il ne doit sa survie qu’à la spoliation éhontée qu’il exerce sur l’ensemble de la planète, notamment dans les pays qui n’ont pas les moyens de résister à son rouleau compresseur. La nécessité de changer de mode de production grandit objectivement. Mais il n’y a aucune raison de rejeter ce qu’il y a de positif dans son héritage : un art de produire auquel aucun peuple du monde ne voudra renoncer.

 

Proposer de s’allier politiquement – ce qui ne contredit pas la nécessité des luttes syndicales – avec les patrons qui font encore l’effort de produire est audacieux, j’en conviens. Tu reconnais dans ta lettre qu’on ne trouve plus ces patrons-là dans les grandes familles historiques du capitalisme, lesquelles se sont reconverties les premières dans la finance. Raison de plus pour chercher à isoler cette bourgeoisie monstrueusement riche et totalement parasite, pour renverser sa domination et les règles inhumaines qu’elle impose à l’ensemble de la société y compris –  tu le reconnais aussi –  les PME/PMI.

 

A mon sens cette question devrait constituer l’axe central du combat de classe des communistes aujourd’hui. Je suis totalement à l’opposé de ceux qui veulent entonner le « solo funèbre » de la classe ouvrière. L’union du peuple de France doit devenir une réalité si on veut sortir de ce capitalisme mortifère. Bien entendu il y aura au sein de cette union une foule de contradictions, mais pas de quoi embarrasser les dialecticiens que devraient être tous les communistes.

 

Il est important de bien rattacher notre conception de la lutte des classes à l’analyse des contradictions du capitalisme. La lutte des classes n’a rien de machiavélique. Elle ne se réduit pas aux mouvements sociaux ou à un face-à-face entre les cols bleus et les cols blancs. C’est un concept qui permet de penser les évolutions de la société à partir des intérêts contradictoires qu’engendre l’antagonisme capital/travail.

 

Je ne sais pas si ces quelques arguments auront pu te convaincre. A tout le moins, ils sont une contribution au débat que tu appelles de tes vœux sur une question que nous estimons, ensemble, essentielle : la politique industrielle. Combinons progrès économique et progrès social pour construire la transformation sociale, le communisme comme réponse de civilisation à la perte de crédibilité du capitalisme financiarisé et mondialisé.

 

J’espère que le débat pourra se développer sans caricatures, ni raccourcis, en toute fraternité, en osant sortir des sentiers battus.

 

Amitiés,

 

André GERIN

 

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