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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 22:09

Cuba : soutenir le pari de développer le socialisme

 

110220_PCC.jpgOn peut remercier l’association France Cuba d’avoir organisé le 12 février 2011 une rencontre avec l’économiste, sociologue et philosophe cubain, Aurelio Alonso Tejada à propos des évolutions du modèle économique cubain.

 

L’annonce de la sortie de 500.000 salariés du secteur étatisé n’est pas sans susciter des interrogations voire des inquiétudes parmi les amis de Cuba socialiste. Elle est utilisée par ses opposants, de droite, de « gauche » et d’extrême « gauche » pour attaquer de plus belle le socialisme et prédire une transition capitaliste.

 

L’analyse d’Aurelio Alonso, que j’ai compris comme à la fois officielle et personnelle, contribue à resituer les choses.

 

Le développement de Cuba est fortement contraint par son environnement. On ne le répétera jamais assez.

L’hostilité active de la seule puissance voisine hautement développée, les Etats-Unis ne faiblit pas. Obama n’a pas du tout levé l’embargo inique qui étouffe le pays. Les progrès démocratiques et économiques en Amérique latine ne compensent que partiellement cette situation, comme le développement d’échanges avec la Chine et certains pays développés.

La période spéciale dans les années 90 et la nécessité d’une première ouverture partielle à l’économie de marché qui s’en est ensuivie pèsent sur le développement du socialisme cubain et lui ont fait prendre beaucoup de retard.

 

Alonso est clair et définitif quitte à décevoir certains mauvais esprits : en aucun cas, il n’est question de remettre en cause la nature socialiste de l’économie cubaine. Il n’évoque pas non plus le choix d’une NEP, avec un retour partiel, contrôlé et provisoire à une économie capitaliste telle que Lénine l’avait mise en place au début des années 20. Si c’était le cas, serait-ce opportun de l’afficher comme telle ?

 

Le choix fait à Cuba est celui d’une « désétatisation » partielle. L’objectif est de stimuler l’économie, d’améliorer la réponse aux besoins, d’accroître la production et la productivité. Le constat part de rigidité de l’économie cubaine, d’une bureaucratisation excessive.

Désétatisation ne veut pas dire retour sur le socialisme.

Alonso insiste sur les statuts et formes de propriété à développer : l’économie familiale, les coopérative, la propriété communale. Les secteurs clés de l’économie resteront sous le contrôle de l’Etat. Le secteur du tourisme restera à 75% public. Le secteur du nickel est à 60% contrôlé par l’Etat en coopération, nécessaire, avec un groupe canadien.

 

Les normes sociales seront définies dans le cadre du socialisme. Les 500.000 à un million de salariés appelés à quitter le secteur étatisé et rendus disponibles pour d’autres activités économiques ne seront pas abandonnés par l’Etat, ni pendant la période de transition, ni ensuite.

 

Ces réformes délicates sont indissociables du processus démocratique profond dans tout le pays avec la préparation du prochain congrès du Parti communiste cubain. L’intervention directe de toutes les strates de la population, le renouveau du rôle d’avant-garde du parti qui doit supplanter sa fonction administrative, sont les conditions de la réussite des réformes.

 

Communistes français, sommes nous pleinement rassurés par cette vision convaincante de l’évolution de la politique cubaine ? Bien sûr que non, pas plus que nos camarades cubains eux-mêmes qui sont conscients du contexte difficile, de toutes les contradictions qu’il amène et a amenées au sein même de la société cubaine.

 

Les périodes précédentes, les réelles difficultés internes, ont créé des oppositions structurelles internes à l’approfondissement du socialisme. La tentation de la trahison, de l’hypocrisie gorbatchéviennes existe certainement pour faciliter une restauration capitaliste. Les soutiens des autres pays d’Amérique latine sont sujets à leurs propres contingences et aux agressions de l’impérialisme.

 

Ces considérations doivent nous amener à renforcer notre solidarité matérielle et surtout politique avec le peuple cubain. En France cela veut dire, plus que jamais, d’affronter la propagande des adversaires de Cuba, notamment venant de la « gauche européenne » et des rangs trotskystes, les premiers prêts à encourager une dramatique transition capitaliste à la façon de l’Europe de l’est, les seconds toujours prêts à trahir la révolution réelle au nom de la révolution imaginaire.

 

En 1990, ceux-là ne donnaient pas cher de Cuba. En 2010, Cuba est toujours et plus que jamais une épine dans le pied de l’impérialisme américain et un espoir pour l’émancipation des peuples du monde.

 

Joran Jamelot

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Published by Vive le Parti Communiste Français - dans CUBA SI! Amérique Latine: expériences socialistes
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commentaires

REY Paul-Antoine 03/12/2012 21:22

Je découvre un peu par hasard cet article. J'étais à Cuba entre janvier et mars 2011, la plupart du temps à Santiago et en Oriente. J'adhère complètement à cette analyse de l'évolution de ce
pays.Je ne suis pas membre du PCF, mais je soutiens (moralement) le PCC et j'imagine que j'adhérerais si j'étais cubain... J'ai eut l'occasion d'étudier un peu la culture et l'histoire avec une
professeur retraitée dont le grand frère est mort le 26/7/1953, à l'assaut de la Moncada. La gauche française n'a jamais compris la vraie signification de ce mouvement, ni de la révolution cubaine
en général, à laquelle elle n'applique que des analyses trotskystes ou prétendument "marxistes-léninistes" purement dogmatiques et complètement déconnectées du contexte réel, sociologique
et géopolitique. Ce faisant, elle se prive de l'une des plus origrnales et courageuses expérience socialiste du 20ème siècle, et l'une des plus authentiques, et toujours en cours, qui plus est. Les
torrents de calomnies et de mépris affichés par nos intellectuels "de gauche" sont par contre un acte de trahison objective et de collaboration passive avec l'impérialisme US.

cotty jean-louis 21/02/2011 22:35


Le peuple Cubain est étroitement soudé à ses dirigeants! cela ne fait aucun doute! c'est un peuple majeur qui trace sa voie vers le socialisme comme il l'entend.Sa contribution démocratique dans
toutes les strates de la société cubaine en est la preuve éclatante!la période spéciale en a été la démonstration éclatante! jamais un peuple qui à tant souffert durant cette période n'a failli à
son attachement indéfectible à sa révolution.. Ce peuple est un exemple pour les autres peuples de la planète qui subissent la dictature capitaliste sous toutes ses formes... On peut échafauder des
théories sur l'échec du socialisme à la cubaine. Mais balayons devant notre porte, avant de donner des leçons de théorie marxiste!Oui l'avenir est dans un Cuba socialiste, avec les peuples
d'Amérique latine qui ont pu de ce fait entamer un processus démocratique inédit dont on ne mesure pas toute l'importance idéologique, stratégique, économique, culturelle et avant tout humaniste!


Jérôme 21/02/2011 12:36


A quels "trotskystes" Joran fait-il référence ?

Sur le fond, Joran se dit "convaincu" (mais pas "pleinement rassuré") par l'explication d'Aurelio Alonso. Je ne suis pas, non plus, pleinement rassuré. Toute ceci est d'autant moins rassurant que
nous avons affaire, à Cuba, à un discours assez semblable à ce qui avait précédé la catastrophe en URSS. A l'époque, il y avait beaucoup de camarades (beaucoup plus, et beaucoup plus influents) qui
parlaient des "trotskystes" comme des "traitres" qui ne comprenaient rien à rien, etc. Les dirigeants du PCUS juraient, la main sur le coeur, qu'il nétait pas question de restaurer le capitalisme.
Puis patatra. Alors, ce fut un long silence gêné, dans les rangs de ceux qui dénonçaient le "trotskysme".

La restauration du capitalisme à Cuba n'est pas inévitable, bien heureusement. Mais les conditions d'une victoire définitive de la révolution cubaine tiennent (pour aller vite) en deux axes : 1)
internationalisation de la révolution (victoire au Venezuela, en Bolivie, etc.) et 2) contrôle de l'économie, de l'Etat et du parti par la masse des travailleurs, ce qui n'est pas le cas
aujourd'hui (Joran le reconnait en parlant de bureaucratisme). Sans cela, Cuba connaîtra inévitablement le même sort que l'URSS, à terme. Ce n'est pas un "pari" : c'est un pronostic scientifique -
le même que celui formulé par Trotsky, dès les années 30, au sujet de l'URSS.


cotty jean-louis 20/02/2011 22:42


Oui un grand espoir pour les peuples qui subissent le joug de l'impérialisme. Il est de notre devoir de soutenir le peuple Cubain dans son combat héroique pour une vie meilleure, malgré le blocus
Etatsunien.Chaque peuple de notre planète doit trouver sa voie originale vers le socialisme. Cette lutte est infiniment difficile, le capitalisme n'est pas mort! loin de là! et une lutte de classe
acharnée se déroule en ce moment en Afrique du Nord.
Le droit des peuples à disposer d'eux mêmes est plus que jamais d'actualité!