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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 10:37

SeaFrance, une SCOP ? De la nationalisation à l’auto-exploitation puis l’auto-liquidation !

Vivelepcf, 4 juillet 2012

 

« Si cogérer c’est gérer avec, autrement dit, dans les conditions du capitalisme, gérer avec les capitalistes, autogérer, c’est gérer soi-même, c’est-à-dire sans les capitalistes. Ce ne serait pas pour nous déplaire, comme chacun sait.

Mais comment gérer sans les capitalistes aussi longtemps que les entreprises et tous les moyens de l’économie leur appartiennent et aussi longtempsqu’ils disposent de toute la puissance de l’Etat et d’un gouvernement à leur service ? En les priant de bien vouloir nous laisser faire ? Les promoteurs du mot d’ordre d’autogestion sont toujours muets sur la question. » Henri Krasuscki, Syndicats et lutte de classes, Editions sociales, 1969, page 36.


120705_SeaFrance.jpgDepuis plusieurs mois, l’avenir de l’entreprise de navigation SeaFrance à Calais est devenu le cheval de bataille des partisans des SCOP, sociétés coopératives ouvrières de production.

Depuis le 11 juin 2012, leur vœu est en voie d’être exaucé. Le Tribunal de commerce de Paris a en effet attribué la reprise des bateaux de SeaFrance à Eurotunnel qui prévoit d’en confier l’exploitation à la SCOP créée par l’ex-CFDT.

Une partie de la gauche est dithyrambique. Pour l’Humanité du 12 juin, ce n’est rien de moins que la réalisation du slogan du Front de gauche : « Prenez le pouvoir ! ». Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs déclaré qu’il avait prévu de « lancer sa campagne sur SeaFrance » avant d’y renoncer devant les soupçons de malversation par le syndicat CFDT (désormais exclu par sa confédération). Jacky Hénin, ancien maire de Calais, a choisi un responsable syndical de l’ex-CFDT, comme suppléant aux législatives. De son côté, Benoît Hamon (PS) se réjouit : il avait acheté symboliquement deux parts de la SCOP. Même à droite, Sarkozy se disait prêt en janvier à « donner une chance » au projet de SCOP et la maire UMP de Calais promet de donner 1 million d’euros à la SCOP.

Y-a-t-il vraiment de quoi être si enthousiaste ? Qui gagne ? Qui perd ?

Du côté de la firme Eurotunnel, on se frotte les mains. Elle récupère les trois bateaux pour 65 millions d’euros alors que leur valeur est estimée entre 120 et 150 millions d’euros, somme qu’elle se déclarait prête à mettre sur le tapis en mars. Si le projet d’exploitation échoue, elle sera toujours largement gagnante.

La SNCF, société nationale jusqu’alors maison mère à 100% de SeaFrance parvient à ses fins. Elle se débarrasse d’une entreprise qui ne fait plus partie « de son cœur de métier » et qu’elle s’efforce de couler depuis 5 ans. Comme le dénonce la CGT, elle a réussi à mener une entreprise bénéficiaire au dépôt de bilan. L’accord avec Eurotunnel prévoit qu’aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre la SNCF sur ses responsabilités éventuelles (évidentes !) dans la faillite de SeaFrance. Ouf, pour la SNCF et pour l’Etat !

Les dirigeants de l’ex syndicat CFDT, à la tête de la SCOP, vont pouvoir reprendre leur fonction de cogestion aux côtés de Jean-Michel Giguet, ancien patron, bien peu social, de Britanny Ferries, et qui deviendra le véritable patron de la SCOP en tant que patron d’« Eurotransmanche » qui lui louera, pour le compte d’Eurotunnel, les bateaux. La CGT dénonce depuis des années la collaboration de l’ex-CFDT à la casse de l’entreprise, son fonctionnement de « secte mafieuse », allant jusqu’au coup de main contre les syndicalistes et salariés récalcitrants.

Et les autres salariés ? Déjà, il ne s’agit plus que de 500 emplois sur 1000 en 2011, 1600 en 2008. A défaut de prime spéciale de licenciement pour tous, la SNCF versera 25.000 euros à ceux qui accepteront de les placer dans la SCOP à leurs risques et périls. Dans les conditions effrénées de la concurrence déloyale organisée par l’UE, pour maintenir l’entreprise hasardeuse, ils seront poussés à s’auto-exploiter. Le patron d’Eurotunnel, Jacques Gounon, ne peut pas exprimer plus cyniquement cette réalité que lorsqu’il évoque les vols présumés de certains salariés ces dernières années (11 mises en examen): « L’esprit SCOP peut jouer. Dans ce cadre-là, celui qui volerait volerait ses collègues ».

L’avènement de la SCOP n’est qu’une nouvelle étape du « scandale d’Etat » que dénonce la CGT, l’avant-dernière peut-être avant la liquidation totale. Communistes, nous ne ferons pas partie de ceux qui se félicitent du démantèlement concerté d’une entreprise nationale de service public, point d’appui contre les dérégulations européennes des conditions d’exploitation, de travail, aussi de sécurité pour les passagers.

L’exemple de SeaFrance mène-t-il à condamner les SCOP en général. Non. C’est une forme de propriété en système capitaliste qui peut présenter parfois quelques avantages pour les salariés. L’expérience de centaines de SCOP qui existent montre qu’il s’agit d’un modèle qui marche surtout pour des petites entités, situées dans des niches commerciales. Des expériences historiques ont illustré comment des salariés pouvaient gérer mieux que des patrons les entreprises et établir d’autres formes de relations au travail. Mais la pression capitaliste ne leur laisse pratiquement plus de place et la logique d’auto-exploitation prévaut sur l’utopie et l’illusion des « îlots de socialisme » dans le capitalisme.

En même temps que ceux de SeaFrance, les salariés de Fralib (conditionnement du thé) mènent eux aussi une action, à l’initiative de la CGT, en vue d’exploiter leur usine en SCOP. Mais dans les Bouches-du-Rhône, tout est différent. Les salariés ne collaborent pas avec une firme privée, ils luttent pour contraindre Unilever à laisser les moyens à la SCOP de maintenir l’activité, rentable sur le site de Géménos, mais qu’elle veut liquider. Ils ne rentrent pas dans des plans destructeurs des pouvoirs publics, ils font monter le rapport de force pour que les autorités politiques interviennent face à la multinationale.   

A SeaFrance, devant la trahison de la SNCF et de l’Etat, la CGT a mené une bataille pour la poursuite de l’activité sous pavillon français à travers une société d’économie mixte dont la région Nord-Pas-de-Calais aurait été partie prenante.

Dans les conditions concrètes de la lutte, la constitution de SCOP ou de SEM peuvent être des objectifs. Mais ni l’une, ni l’autre de ces formes de propriété et de gestion de saurait être érigée en modèle, encore moins en modèle pour « dépasser le capitalisme ».

Dans la médiatisation du cas SeaFrance et les prises de position politiques pour les coopératives et l’autogestion, on voit revenir à la charge les syndicalistes réformistes, les sociaux-démocrates. Tous les leurres sont bons pour esquiver la nécessité de la perspective de rupture révolutionnaire, de remise en cause globale de la propriété privée des moyens de production et d’échange, du pouvoir capitaliste.

Ce n’est pas historiquement celle du PCF ni celle de la CGT depuis 1945. Ce n’est pas celle dont ont besoin les salariés dans leurs luttes actuelles !

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Published by Vive le Parti Communiste Français - dans Entreprises-Industrie
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commentaires

Gautier WEINMANN 05/07/2012 21:07

« Notre programme souligne qu’une condition de la politique nouvelle qu’il expose est la maîtrise démocratique par la nation des groupes essentiels de l’économie et des échanges et du secteur
bancaire et financier. Je ne vois pas ce qui pourrait conduire à décider par la suite d’étendre cette appropriation. Au contraire, dès lors que l’économie sera soustraite à l’emprise du capital,
qu’elle aura pour objectif la satisfaction des besoins de la société, les différentes formes de propriétés – publiques, privées, coopératives, mutualistes et toutes les formes possibles de mixité –
pourront se compléter, s’harmoniser, s’entrainer, donnant aux processus économiques souplesse et efficacité. » Georges Marchais, Démocratie, 1990

jean-jacques boucher 05/07/2012 14:12

excellent article

avec les scop, le menu fretin du prolétariat est invité à se transformer en requin.

Le capitalisme c'est la guerre économique entre firmes capitalistes pour le profit maximum (rappel : un monopole est une entreprise qui réalise un taux de profit supérieur au taux de profit
moyen).

Les banques et les concurrents finiront par absorber cette entreprise qui aura bénéficié des subsides de l'Etat.

Il n'est même pas dit que tous les emplois seront sauvés aujourd'hui. Qui fera le tri?

Mais c'est sûr il y aura un plan social dans quelques années quand les capitalistes auront décidé d'arrêter cette tromperie après fait son effet d'anesthésie de la classe ouvrière.

En attendant les salariés sont invités à prendre des parts de marchés à la concurrence au détriment de l'emploi...

Il y a une méconnaissance crasse des lois du système capitaliste, de sa loi interne : la baisse tendancielle du taux de profit, l'accumulation du capital, la dévalorisation du capital à cause d'une
surproduction qui ne trouve pas de débouchés à cause de salaires trop bas...

Cette diversion est scandaleusement dangereuse quand on voit les guerres néo-coloniales qui se préparent et en cours. Les guerres sont inscrites dans les contradictions du système. La guerre est la
continuation de la lutte des classes par d'autres moyens.

C'est sûr, ces salariés sont victimes du chantage à l'emploi... mais aussi d'une grande campagne de
diversion menée par les centrales syndicales « réformistes » . Personnellement j'ai du mal à taxer Chéreque et Thibault de réformistes, ils collent trop à l'Etat capitaliste. Les bases
économiques du réformisme ont disparues. Le capital naguerre redistribuait des miettes pour corrompre le prolétariat.

Aujourd'hui, le réformisme négocie le moindre mal dans le cadre de la mise en œuvre du plan de contre-réformes menées par le MEDEF...

On parlait il y a quelques années de pédagogie du renoncement, nous sommes aujourd'hui dans la pratique de la collaboration de classes, de l'auto-exploitation.

La propriété des moyens de production reste privée (ouf!)

on peut s'attendre dans le septennat Hollande à la propagation de ce genre d'expérience. Avec l'appui du Front de Gauche qui traine pas mal d'anti-communistes.

Les futures actionnaires de la SCOP embaucheront le petit personnel qu'ils exploiteront, même sans le vouloir car c'est comme çà que fonctionne le système capitaliste. L'exploitation de l'homme par
l'homme est un fait objectif.

Çà me rappelle Moulinex qui n'était pas une scop mais dont une partie du capital avait été distribuée au personnel qui était invité à observer quotidiennement le cours de l'action Moulinex dans
tous les couloirs de l'entreprise. Je me souviens de l'incompréhension d'un salarié quand je lui ai qu'un plan de licenciements augmenterait la valeur de ses actions.

Merci pour la référence à Henri Krasucki, qui défendait le syndicalisme de classe de la CGT. La mutation de la CGT est venue après.

Il serait très intéressant d'étudier les fondements du réformisme.

l'illusion qu'on peut créer des îlots de socialisme, comme si la révolution socialiste pouvait ressembler à la révolution bourgeoise.

l'illusion du pas à pas, de la voie démocratique... du dépassement du capitalisme alors qu'il est prouvé que le socialisme est à l'ordre du jour dans notre pays depuis longtemps et que nous
assistons aujourd'hui au pourrissement et au déclin de notre Nation (au sens Politzer du terme).

l'illusion qu'on peut réorienter les instruments d'oppression capitaliste, BCE, UE, OTAN et l'ETAT.

l'illusion que c'est la technique qui domine et pas les rapports sociaux capitalistes qu'il faut abolir