Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A LA UNE

NOUVEAU SITE ACTUALISE QUOTIDIENNEMENT: http://vivelepcf.fr/

 

36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 00:48

André Maurice (section PCF de Nantes) réagit à notre article sur 1968 et donne son expérience personnelle

 

1- Extrait d’intervention en Assemblée des communistes

« … Etudiant-salarié en Histoire, je pensais être de gauche. Je lisais France-Soir de temps en temps ! Les provocateurs et la démagogie de Cohn-Bendit en mars 68 bousculèrent ma culture idéaliste…

J’ai alors tout appris des communistes.

C’étaient des militants ouvriers, souvent issus de la Résistance. Ils m’ont expliqué… la place des entreprises… la classe ouvrière. Les événements avaient du sens… au travers des combats des générations. Ils m’ont parlé de la lutte des classes en France et à l’échelle internationale. Le peuple de France n’était pas seul, d’autres luttaient à travers le monde, aidés par les pays socialistes : Cuba, les peuples d’Indochine, les pays d’Afrique… A Moscou, il y a avit l’université Patrice Lumumba. Et il faudrait faire l’impasse sur le rôle de l’Union Soviétique face au nazisme, aux impérialistes, ne retenir que le stalinisme !

J’ai commencé à lire l’Humanité, Clarté… J’ai découvert un nouvel alphabet pour comprendre le monde, tout ce que la société, son système scolaire et ses médias, me dissimulait. J’ai appris le matérialisme philosophique et historique.

Je ne crois pas que ces outils d’analyse soient aujourd’hui dépassés. 

Faudrait-il en douter ?

Nos ennemis de classe nous donnent un éclairage singulier sur nos renoncements. Eux ne doutent pas de la force de nos idées… Ils redoutent pas dessus tout une progression nouvelle des peuples.

Il n’y a qu’à voir l’acharnement qu’ils mettent toujours à caricaturer les expériences révolutionnaires, à éradiquer l’espoir, l’idée même qu’une autre société est possible : l’Histoire serait terminée, les classes sociales n’existeraient plus. Le marxisme serait vidé de son contenu… or la bataille est idéologique, plus que jamais.

Faut-il les aider en rompant les amarres ?

Comme hier contre le nazisme, à l’exemple de Guy Môcquet, résistons aujourd’hui pour combattre le capitalisme. Reste à débattre de notre stratégie et de nos objectifs… et ceci demande une réflexion complémentaire… »

 

2- Entretien avec André Maurice, étudiant à Nanterre en mai 68 (dans un journal local)


Quel âge aviez-vous à l’époque, et dans quel établissement étiez-vous ?

En Mai 68 ? Je suis à 6 mois de ma majorité, alors à 21 ans. Etudiant-salarié en deuxième année d’Histoire à Nanterre-La folie… c’était le nom de la gare pour l’Université !

Qu’est-ce que le mouvement a représenté pour vous à l’époque ?

L’irruption de la politique avec un grand P, dans ma vie d’étudiant : la force des mouvements sociaux… da la jeunesse, mais aussi la puissance des syndicats ouvriers… Le silence dans la gare Saint-Lazare, tous les trains immobilisés, c’était impressionnant !

L’Histoire s’écrivait tous les jours. Des lectures également… Entre les assemblées générales, j’apprenais dans Lénine, le sens d’un mot nouveau dans l’actualité… le gauchisme !

Il faut dire que j’avais vu Daniel Cohn Bendit gifler un prof devant un amphi de 5000 étudiants… Les pratiques de la révolution culturelle chinoise de 1966 n’étaient pas loin. Cela m’avait interrogé sur le véritable rôle de ce « leader », mis en scène par les médias, puis très vite par le pouvoir.

Quels étaient les objectifs de Cohn-Bendit ?

J’ai assez vite compris que les barricades étaient un « piège à cons pour les élections »… Une nuit d’émeute, c’était des centaines de voix pour un retour à l’ordre et le triomphe électoral de la droite.

Comment le voyez vous aujourd’hui avec le recul ?

Comme une mutation de nos pratiques d’alors…politique, mais aussi culturelle, scolaire et même familiale. Ce n’était plus pareil au lycée, à la fac avec nos profs, nos parents. On osait prendre la parole…

Mai 68 met en chantier les luttes des années 70/80… La question de l’après-gaullisme allait se poser et pour certains, le remplacement du système lui-même.

Si vous ne deviez avoir qu’un seul souvenir, quel serait-il ?

Une nuit au journal l’Humanité, boulevard Poissonnière, en face du cinéma le Grand Rex. A l’époque, j’étais étudiant « catho », peu politisé… je lisais de temps en temps France-Soir !

La journée avait été rude à Nanterre… entre les CRS, les groupuscules trotskistes, maoïstes… et les étudiants communistes.

La secrétaire de leur cercle, fille de réfugiés espagnols, m’avait proposé de les accompagner à l’Huma où tous les soirs ils venaient chercher le réconfort et les analyses de leurs aînés…

C’est là que j’ai entendu le commentaire de René Andrieu, le rédacteur en chef du journal… « si nous avions appelé les ouvriers à aller sur les barricades… ce soir il y aurait eu plusieurs centaines de morts ! »

Et un slogan ?

Aucun. Il me semble que vouloir réduire Mai 68 à quelques slogans sortis de leur contexte historique, c’est participer à la caricature des évènements pour mieux les discréditer et orchestrer un mythe. D’autant que la plupart de ces slogans annoncent l’individualisme « libéral-libertaire » des futures bobos des années 90.

Que pensez vous de la volonté de Nicolas Sarkozy de « liquider » l’héritage de mai 68 ?

Ce qui me frappe dans la campagne (commerciale) de la commémoration des 40 ans, c’est précisément la dénaturation du mouvement réduit à Dany le rouge, aux grenades lacrymogènes… et à la liberté de circulation dans le dortoir des filles !

Le mouvement ouvrier et la satisfaction des revendications sont rarement évoqués !

Or la « grande trouille du pouvoir », c’est un mai 68 qui aboutisse. C’est le bouc émissaire des difficultés d’aujourd’hui !

Comme en 40, le Front Populaire était accusé de la défaite ! D’autant que la crise économique est  à nos portes et qu’il faut préparer les esprits au sacrifice des réformes, voilà l’objectif du président. Le message est clair, refaire un mai 68 ne servirait à rien d’autre qu’à développer la violence et la « chienlit » anarchiste.

Selon vous, quel est l’héritage de mai 68 ?

Pour les salariés, le droit syndical dans l’entreprise, interdit depuis 1884 ! La hausse du SMIC de 35%, le retour aux 40 heures alors que la durée moyenne était alors de 52 heures ! Et un rapport de foce avec le patronat qui rappelait 36…

Pour les étudiants et les lycéens, des élus dans le conseil d’administration et des droits nouveaux d’expression dans les établissements.

Quelle conclusion à tirer ? « La lutte paye ! Lorsqu’elle est menée dans l’unité . Ce ne peut pas être l’héritage du président ! Au-delà il me semble que l’esprit de Mai est un esprit critique sur touts choses, une organisation nécessaire pour gagner, et de la créativité dans l’élaboration de perspectives nouvelles pour transformer la société.

Quelque chose qui doit ressembler à ce qu’il y avait dans la tête d’un républicain en 1793 après l’élimination du roi ; ou d’un de la commune de Paris en 1871.

Partager cet article
Repost0

commentaires