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36ème congrès du PCF: accès au dossier (en lien)

       
       
         
4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 15:49

L'ensemble de notre dossier sur le mouvement communiste en Italie en lien.

Fin de l’ère Bertinotti : virage à gauche du PRC


par Stefano G. Azzarà*

28/07/2008

* publié en allemand dans le quotidien progressiste « Junge Welt ». Traduction par L-A S

 

            Mission accomplie, pourrait-on dire. Ancien ouvrier métallurgiste issu de la mouvance gauchiste post-68 de « Democrazia Proletaria » et ex-ministre des politiques sociales pendant le court gouvernement Prodi, Paolo Ferrero a battu hier le président de la Région des Pouilles Nichi Vendola lors d’un vote très serré, pour 342 contre 304, et il est à présent le nouveau secrétaire de Rifondazione Comunista. L’appui du courant léniniste de « L’Ernesto » a été déterminant. Ainsi, avec une déchirure nette à l’intérieur du Parti mais aussi avec une clarification politique et culturelle se clôt la longue saison dominée par la figure de Fausto Bertinotti qui avait mené Rifondazione Comunista à la catastrophe électorale des 12 et 13 avril 2008.

            L’issue du VII congrès de Rifondazione a immédiatement été commentée de manière très hostile par le monde politique italien, de la droite à la gauche, en particulier par le Parti Démocrate ainsi que par presque toute la presse : la thèse prédominante, soutenue par « La Repubblica » et « Il Corriere della Sera » affirme que Rifondazione avait tenté avec Bertinotti de se renouveler et se redéfinir en tant que nouvelle gauche moderne ouverte au dialogue mais, désormais, le Parti revient sur des positions nostalgiques d’un communisme intransigeant. Or la réalité est plus complexe. Cette réaction du monde politique et des médias italiens montre, plutôt, que les choix de Rifondazione, quelle que soit leur origine, n’ont pas l’heur de plaire aux centres du pouvoir politique et économique. Ces choix représentent donc une intéressante nouveauté, un virage à gauche pouvant aboutir à des développements féconds.

            Rifondazione était sortie annihilée de l’expérience du gouvernement Prodi. En deux ans elle n’avait obtenu aucun résultat politique important et elle avait fortement déçu ses soutiens, dissipant un patrimoine de plus de deux millions et demi de voix. Aux élections d’avril dernier, elle s’était présentée dans l’alliance « Sinistra Arcobaleno » en renonçant à son nom et au symbole avec la faucille et le marteau et elle n’avait obtenu que les 3,2%, ce qui lui interdisait de siéger au Parlement [barrage de 4%, réforme votée avec l’appui de RC !]. Aussitôt la majorité du Parti, qui avait jusqu’alors obstinément et aveuglement appuyé le leader charismatique Fausto Bertinotti, s’est divisée en deux. Contre Vendola qui représentait la continuité avec l’héritage de Bertinotti et qui entendait dissoudre Rifondazione en un Parti de la gauche radicale, mais non communiste, s’est immédiatement levé Ferrero qui s’est présenté au congrès comme le défenseur du Parti et de son identité.

            En réalité, les différences politiques entre Vendola et Ferrero étaient bien moindres de ce que laissait croire l’âpreté des conflits au congrès. En effet, Ferrero voulait lui aussi, au fond, repositionner Rifondazione au sein d’une plus large fédération de la gauche, sur le modèle de l’Izquierda Unida espagnole. Sujet où la perspective communiste inévitablement perdrait toute son autonomie, encore que Ferrero voulût parvenir à ce résultat dans un laps de temps plus long et avec des modalités différentes par rapport à Vendola. C’est justement en soulignant cette homogénéité politique (et culturelle) que plusieurs analystes avaient prédit une probable recomposition de l’ancienne coalition liée à Bertinotti juste après le congrès. C’était la solution « de droite » ouvertement souhaitée jusqu’au dernier instant par Claudio Grassi, chef du courant « Essere Comunisti » et allié de Ferrero au congrès. Mais l’aboutissement a été tout autre. Vendola n’a pas obtenu la majorité absolue, s’arrêtant à seulement 47,3% face aux 40,3% de Ferrero. Or il a exigé d’être élu secrétaire quand même, refusant tout compromis sur un autre nom et maintenant sa proposition d’une constituante de la gauche. Du coup, le jeu a été rouvert et les courants minoritaires du Parti sont devenus déterminants.

            En particulier, le courant de « L’Ernesto » – dirigé par Fosco Giannini et par Leonardo Masella et représentant la sensibilité léniniste dans Rifondazione Comunista – a su jouer un rôle central. Malgré la polarisation plébiscitaire du congrès autour des noms de Ferrero et Vendola, L’Ernesto a pu obtenir les 7,7% en critiquant avec cohérence les choix erronés de Bertinotti et Vendola dans les années précédentes, mais aussi ceux de Ferrero : l’entrée au gouvernement, la subalternité par rapport à la gauche modérée et, surtout, la liquidation progressive du caractère communiste du Parti entamée déjà en 1994, en laquelle Ferrero eut de lourdes responsabilités. Sur ces bases, L’Ernesto n’a pas rejoint la motion de Ferrero ; il a gardé son autonomie en proposant avec clarté un virage à gauche pour le Parti et une réunification progressive pour les communistes en Italie. Lorsque même le courant Essere Comunisti s’est déplacé vers la gauche, en privant de majorité la ligne politique appuyée jusque-là et en renonçant à proposer l’alliance entre les deux motions majoritaires, le cadre a changé en quelques heures. L’appui de L’Ernesto, avec celui du petit courant trotskyste de « FalceMartello », 3,2%) est devenu décisif pour assurer la victoire de Ferrero. Il s’est ainsi formé une nouvelle majorité de coalition fondée sur un accord de programme où l’Ernesto a marqué plusieurs points en sa faveur et obtenu une synthèse sur un document final bien plus avancé et déplacé vers la gauche par rapport à la motion Ferrero-Grassi, achevant ainsi de façon brillante une opération politique qui, au début, avait paru désespérée.

            Aujourd’hui, Rifondazione renonce à toute velléité de dépassement de sa nature communiste, souhaité par Bertinotti et par l’ancien groupe dirigeant. Elle se positionne nettement à gauche et mise sur le conflit social, sur l’organisation des travailleurs et sur l’opposition intransigeante au gouvernement Berlusconi pour reconquérir le consensus de son électorat de référence. Rifondazione abandonne en outre l’hypothèse d’une alliance stratégique avec le Parti Démocrate de Walter Veltroni et se présente comme une force autonome, alternative et de classe. Enfin, Rifondazione se dit prête à travailler pour une recomposition des forces anticapitalistes, en particulier des communistes, tant en Italie qu’en Europe, et ce déjà à partir des prochaines élections européennes de 2009.

            Le bilan de ce VII congrès du PRC présente bien sûr des plus et des moins. La fin de l’expérience Bertinotti et le virage à gauche du Parti sont extrêmement avantageux. Le tableau devient encore plus intéressant si l’on considère que, pour la première fois dans l’histoire du PRC, la présence de L’Ernesto et d’Essere Comunisti donne à la nouvelle majorité du Parti une possible orientation solidement gramscienne et léniniste. A eux deux, L’Ernesto et Essere Comunisti – représentant jusqu’à il y a peu un seul courant politico-culturel – constituent à présent le courant le plus fort et influent au sein du PRC. Quelques graves sujets de préoccupation ne manquent toutefois pas, qu’il ne faut pas sous-estimer. En effet, il s’agit d’une majorité fragile et hétérogène –compte tenu de la culture politique de Ferrero et de la présence de la patrouille trotskyste – qui arrive à peine aux 52%. Le Parti est maintenant nettement divisé en deux, le courant de Vendola étant prêt à la scission au cas où, dans les prochains mois, il n’arriverait pas à désarticuler la nouvelle majorité en se servant de ses contradictions et à reprendre en main les rênes du Parti.

            Mais le plus grave est ailleurs. Le VII congrès du PRC a été complètement dépourvu de contenus. Avant le coup de théâtre final qui a rendu un sens politique à l’ensemble de la réunion, ce qui s’est déroulé ressemblait à une pure redéfinition des rapports de force internes et des groupes dirigeants. Un jeu de massacre qui à plusieurs reprises a dégénéré en bagarre et qui, surtout, n’a tenté de résoudre aucun des problèmes réels posés par la situation politique nationale ni par la grave crise économique que traverse l’Italie. L’issue du congrès, en somme, laisse encore espérer mais il en ressort que, pour les communistes en Italie, l’heure de la véritable reconstruction est repoussée et que la longue transition commencée en 1989-91 n’est pas du tout achevée.

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Published by Vive le Parti Communiste Français - dans Mouvement communiste international
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commentaires

pedrito communista 06/08/2008 15:46

Un seul souhait : que les communistes français prennent de la graine, et que les liquidateurs rejoignent le ps, nos enterreurs